Caractéristiques de l’Ancien Régime

La société

Au même titre que ses contemporaines, la société espagnole est une société d’ordres. Les penseurs, en effet, répètent qu’elle se compose de trois groupes : ceux qui se battent, ceux qui prient, ceux qui travaillent. Les Cortes de Castille, celles des royaumes de la Couronne d’Aragon, sont organisées sur la base de trois « bras », bras militaire, clergé et villes.

Mais cette tripartition, qui n’est évidemment pas propre à l’Espagne, pose des questions sur son inadéquation à la réalité sociale aux théoriciens, qui débouchent, comme en France, sur la notion de « corps » multiples, chacun avec sa fonction, chacun muni de son droit propre, qui s’agencent les uns par rapport aux autres dans un tout qui se veut harmonieux.

  • Il y a une multitude de groupes : les ordres religieux, les villes, les communautés rurales, les corps de métiers, les établissements scolaires (universités…)
  • Société de corps dans la mesure où chacun hérite de la condition de son père où cette continuité familiale n’est pas seulement une question de fait, mais aussi de principe.
  • Société de corps, puisque l’appartenance sociale implique des droits et des devoirs différents pour chacun. La personne n’a pas de droits individuels, mais elle est bénéficiaire de ceux de son groupe social.
  • Société de corps, enfin, par sa très forte hiérarchisation. Comme partout, on constate l’existence de cette « cascade de mépris » qui fait que l’aristocrate dédaigne le caballero, le caballero le financier, celui-ci le boutiquier et ce dernier le domestique ou le valet de ferme. À l’inverse, l’aspiration à s’élever, à changer de condition par tous les moyens est unanime.

La Politique

Comme tous les souverains d’Europe occidentale, le roi d’Espagne se proclame absolu : chargé par Dieu du « bien commun » de la collectivité, il est, pour  ce faire, placé au-dessus de toute autorité humaine ; responsable devant la seule divinité, il fait et défait la loi humaine au gré des circonstances, et suspend son application dans des cas particuliers. Le roi est un personnage sacré.

Comme partout cependant, le pouvoir du roi connaît des limites. Sur le plan des principes d’abord. Il ne peut désobéir le droit naturel : il ne doit pas confisquer sans motif légitime les biens de quiconque ni le priver de sa vie ou de sa liberté. Le roi doit respecter les libertés, les fors, du « royaume », les libertés de l’Église.

La religion a un rôle très important comme instance de légitimation de la politique royale. Les ecclésiastiques occupent une place capitale parmi les agents de la monarchie ; de tout temps les membres du clergé furent considérés par la monarchie comme des alliés naturels, au nom de leur objectif commun : assurer le règne de la justice parmi les hommes.

L’Economie

La prépondérance de l’agriculture, son poids déterminant dans la production. Les techniques ont peu progressé, et les productivités sont faibles. L’essentiel c’est la production des «grains», ces céréales qui sous forme de bouillies, de galettes et de pain donnent la base de l’alimentation. Que la céréale de base vienne à manquer par suite d’une série d’intempéries, et la catastrophe éclate: la disette s’étale entraînant l’augmentation du prix du pain. Mais, malgré les incertitudes de la production, malgré la médiocrité d’ensemble, la terre reste le gage le plus solide, le signe de la fortune et de la puissance.

La haute noblesse, les familles anciennes surtout, ont accumulé des propriétés immenses, réparties dans tout le pays, qui se comptent en milliers, voire en dizaines de milliers d’hectares affermés.

L’Église lève pour son entretien un impôt spécial sur les récoltes, la dîme, variable selon les évêchés, aux alentours de 10%.

Les biens inaliénables, placés en majorat ou au nom de l’Église, ou encore biens collectifs des municipalités sont dits biens de mainmorte civile ou ecclésiastique.

  • Le majorat (mayorazgo): institution, datant du Moyen Âge et codifiée en 1505 par les lois de Toro, qui permettait à tout individu de réserver à l’un de ses enfants –l’aîné, le plus souvent- la plus grande partie de son héritage et d’empêcher ainsi le morcellement de ses biens et en particulier de son patrimoine foncier. Le majorat ainsi fondé était réputé inaliénable et se transmettait intégralement de génération en génération : il était ainsi le garant de la continuité du lignage.
  • La mainmorte : procédé qui permettait aux monastères, couvents et autres communautés religieuses d’obtenir, au moyen d’achats ou de donations, des biens-fonds qui, une fois entrés dans le domaine de l’Église, ne pouvaient plus être aliénés.
  • Les terres communales : des terres municipales à usage collectif. Parmi ces espaces, on distinguait les dehesas et cotos, terrains clos destinés au pacage des bêtes, les montes, ou bois communautaires, les propios¸ biens communaux qui étaient affermés à des particuliers par les municipalités et constituaient de ce fait une source de revenus pour la commune. Malgré leur caractère inaliénable, les espaces communaux firent l’objet de multiples convoitises.

Bref, en matière économique, l’Ancien Régime est caractérisé en particulier par l’existence de propriétés inaliénables (propiedades vinculadas), par l’interventionnisme de l’État qui a le pouvoir de fixer le prix des produits et par la réglementation du travail au sein des corporations (gremios).

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