Le franquisme

La guerre civile allait déboucher sur une dictature de près de quarante ans qui commença en octobre 1936 au moment même où Franco fut investi de tous les pouvoirs civiles et militaires dans la zone rebelle. En effet, depuis octobre 1936 le général Franco réunissait les titres de chef de l’État, chef de gouvernement, Généralissime des armées et, à partir 1937, chef du Parti unique.

Mais Franco ne fut pas le seul artisan du franquisme. Il jouit de l’appui des deux institutions les plus importantes dans l’évolution historique de l’Espagne contemporaine, l’Armée et l’Église, ainsi que de celui du Parti unique, le « Mouvement national » assemblé par Franco lui-même à partir de la Phalange, le parti fasciste,  et le traditionalisme carliste.

Franco était entouré de la coalition réactionnaire des forces politiques qui avaient appuyé le soulèvement contre la République. Les composants de cette coalition donneraient lieu sous le franquisme à des « familles politiques » (phalangistes, catholiques, monarchistes…), dont les membres accédaient au pouvoir ou en étaient déchus au gré de la volonté du Caudillo. En effet, Franco sut habilement manipuler les rivalités et les oppositions de ces factions pour qu’aucune d’entre elles ne réussisse jamais à porter de l’ombre à son pouvoir personnel.

L’idéologie franquiste exaltait une Espagne traditionaliste et antimoderniste, fondée notamment sur la religion catholique et le corporatisme. Elle doit beaucoup au départ à la Phalange fondée en 1933 par José Antonio Primo de Rivera dans la mouvance du fascisme italien. Elle se présentait comme une relecture de la pensée traditionaliste qui avait séduit la classe dirigeante après la Restauration bourbonienne de la fin du XIXe siècle. D’autres apports complèteront cette « idéologie franquiste » tels l’évocation mythique d’un passé glorieux (l’esprit de croisade reconquérante des Rois Catholiques), le réflexe antilibéral hérité de l’absolutisme de Ferdinand VII ou encore l’hostilité viscérale qu’inspirent au Caudillo le marxisme, la libre pensée et la franc-maçonnerie.

La propagande franquiste met l’accent sur les valeurs traditionnelles nationalistes et religieuses, dont le sommet est le terme de « Croisade » qui en est le leitmotiv. Le slogan franquiste « España una, grande y libre » insiste sur l’unité, la grandeur et l’indépendance de l’Espagne.

Caractéristiques du régime franquiste

  • Nationalisme espagnol à outrance et abomination du séparatisme. Refus de tout droit politique, linguistique ou culturel aux régions (Catalogne, Galice et Pays
    basque en particulier).
  • Rejet du libéralisme. Restriction des libertés politiques : d’association,  de réunion,  d’opinion…
  • Anticommunisme. Négation de la lutte de classes.
  • National-catholicisme : L’Église qui légitime la dictature est incorporée à la construction de l’État.
  • Régime de parti unique: le seul parti autorisé est le Movimiento Nacional.
  • Substitution de la démocratie parlementaire par le système corporatiste dit de la démocratie organique.
  • Concentration de pouvoirs dans la seule personne du Caudillo (« adhesión inquebrantable »). État autoritaire.
  • La définition de la nature de l’État né de la victoire de 1939 a donné lieu à d’âpres polémiques parmi les historiens espagnols : régime autoritaire pour certains, totalitaire pour d’autres, voire carrément fasciste. Quoi qu’il en soit, ce qui ne fait pas de doute est le caractère dictatorial, antidémocratique et répressif du régime du début jusqu’à la fin, ainsi que les caractéristiques fascisantes de la dictature
    jusqu’au moins 1943, voir au-delà.

Les bases du “Nouvel État”

Le Parti unique, l’Armée et l’Église sont les trois piliers sur lesquelles allait s’appuyer le Caudillo pour assoir son pouvoir. Ces institutions fourniront  l’essentiel du personnel politique de la dictature : des militaires, des phalangistes, des catholiques seront présents dans tous les gouvernements à des proportions variables.

Le Parti unique

Déjà pendant la guerre, en 1937, Franco lançait la création d’un Parti unique né du mariage quelque contre-nature –et effectué sans consentement des parties intéressées– entre le fascisme phalangiste et le traditionalisme carliste. Il s’agit de Phalange espagnole traditionaliste et des juntes offensives national-syndicalistes (FET et des JONS) ou, plus simplement « le Mouvement », appelé à devenir une monstrueuse bureaucratie qui embrasserait tous les aspects de la vie des Espagnols à travers ses différentes organisations : l’Organisation syndicale espagnole pour encadrer les « producteurs », la Section  féminine orientée à la mise au pas des femmes, le Syndicat espagnol universitaire (SEU) pour les étudiants, le Front des jeunesses pour les enfants. Car plutôt qu’au contrôle de l’État, cette complexe structure bureaucratique était destinée par Franco à la construction de la cohésion sociale de son régime.

L’Armée

En dépit de quelques voix non conformes sur l’influence croissante des phalangistes, Franco put en général toujours compter sur la fidélité sans bornes de son armée. Une armée qu’il avait conduite à une écrasante victoire en 1939 et qui constituait l’un des éléments les plus importants de légitimation de son pouvoir : c’est d’ailleurs ce contrôle absolu du Généralissime sur l’armée qui faisait son autorité si indiscutable. En contrepartie de cette fidélité, Franco destina à l’armée des ressources et des compétences considérables. Franco  se servait ainsi de l’armée comme du principal instrument pour le maintien de l’ordre et la lutte contre l’ « ennemi intérieur ».

L’Église

L’Église donna une légitimation supplémentaire au pouvoir du Caudillo en développant le thème du coup d’État du 18 juillet comme d’une Croisade contre l’athéisme marxiste et de Franco comme l’homme choisi par la Providence divine pour mettre fin au chaos : Caudillo d’Espagne par la grâce de Dieu. En échange, la dictature donna à l’Église d’amples prérogatives pour procéder à une « recatholisation » de la société espagnole, profondément pervertie par les « déviances marxistes ». Franco reconnaît le catholicisme comme religion d’État (signature d’un concordat), rétablit le budget du culte, rétablit des aumôneries dans les écoles, les syndicats, l’armée. Surtout, le régime déposa entre les mains de l’Église l’un des instruments de contrôle social les plus efficaces qui soient : l’éducation. La hiérarchie catholique établit ainsi une puissante et durable alliance avec le pouvoir ; pourtant, l’Église fut aussi la seule institution, parmi celles qui constituaient les « piliers » de la dictature, capable de s’en éloigner à un moment donné, car elle était également la seule à ne pas être totalement soumise à l’autorité du Caudillo.

Base sociale du franquisme

Le franquisme est donc bien installé au sortir de la guerre en Espagne. Le régime est d’ailleurs soutenu par une partie des Espagnols qui furent marqués par le fanatisme de certains républicains durant la guerre civile. Certaines catégories sociales appuient le Caudillo plus que d’autres : il s’agit des grands propriétaires terriens qui avaient été effrayés par la réforme agraire initiée par la République, de la haute bourgeoisie industrielle et financière également effrayée par les désordres sociaux sous la République, des classes moyennes choquées par la dureté de la vie en zone républicaine pendant la guerre. Comme tout système très centralisé, le franquisme avait généré une bureaucratie pléthorique, le sort de ces employés dépendait exclusivement de l’État, qui leur octroyait non seulement leur salaire mais aussi quelques avantages matériels supplémentaires

Lois fondamentales de l’État
franquiste

Les Lois Fondamentales du Royaume d’Espagne sont connues comme l’ensemble de sept lois qui organisaient les pouvoirs de l’État pendant le régime du général Franco. Plus que d’une Constitution, il s’agissait d’une Charte accordée, puisqu’elles n’avaient pas été élaborées ni approuvées par des représentants populaires.

  • Fuero del Trabajo de 1938. Elle fut influencée par la Carta di Lavoro fasciste. Sous une rhétorique de protection des travailleurs, cette loi décrétait la mise au pas de ceux-ci en leur interdisant toute possibilité de négociation collective et en leurs conditions de travail au bon vouloir de l’employeur.
  • Loi Constitutive des Cortès de 1942. Cette loi établissait la création des Cortès franquistes, censées réglementer la  « participation du peuple espagnol »  aux tâches législatives. Ce Parlement franquiste serait organisé en trois « tiers », censés représenter les trois institutions fondamentales qui organisent la vie sociale de la nation : syndicat, commune, famille. En réalité, il s’agissait d’un organe corporatiste et purement consultatif, à l’image du Conseil fasciste italien, où étaient représentés les bureaucraties et groupes de pouvoir qui faisaient partie du régime : responsables syndicaux, maires, militaires, évêques.
  • Fuero de los Españoles de 1945. Cette loi accordait une série de droits et garanties aux Espagnols (mais qui pouvaient nonobstant être abrogés à tout moment  selon des besoins de la « sécurité de l’État ») On essaye d’envoyer un message de démocratisation aux Alliés.
  • Loi du Référendum National de 1945. On permet la participation directe du peuple au processus législatif, en lui soumettant des projets de loi rédigés par les Cortès.
  • Loi de succession à la direction (Jefatura) de l’État de 1947. L’Espagne se configure comme un Royaume, mais Franco est proclamé chef d’État à vie. Or son successeur (qu’il était libre de désigner et changer à tout moment) régnerait à titre de roi ou régent d’une monarchie « traditionnelle et non libérale ».
  • Loi des Principes du Mouvement National de 1958. Cette loi insistait sur l’intangible unité de l’Espagne, « unité de destin dans l’Universel », sur l’importance de la famille et de la Patrie, déclarait « l’obéissance à la Loi de Dieu selon la doctrine de la Sainte Église Catholique, Apostolique et Romaine » et consacrait la représentation à travers les institutions locales et syndicales de la « démocratie organique ». Surtout, ces principes consacraient le Mouvement national non plus comme parti unique ou organisation politique, mais comme « communion des Espagnols dans les idéaux qui donnèrent vie à la Croisade ». En même temps, ces principes étaient proclamés comme immanents et inaltérables : ils constituaient donc l’essential même du régime.
  • Loi Organique de l’État de 1967. On systématise la place et le fonctionnement de chaque institution du régime. On réforme les Cortès avec l’élection « démocratico-organique » des chefs de famille qui représentaient le « tiers familial ». La loi prévoyait également des mécanismes de représentation de différents secteurs de la société à travers la création d’ « associations » au sein du Mouvement et qui seront contrôlées par celui-ci.

Postérieurement à la mort de Franco, une autre loi sera approuvée avec rang de Loi Fondamentale, la Loi pour la Réforme Politique de 1977 qui, en réalité, établit les conditions minimales pour choisir des Cortès par le suffrage universel et habilite pour la même procédure à la réforme constitutionnelle des lois fondamentales. Celle-ci fut
l’instrument juridique qui avait permis d’articuler la Transition espagnole.

Évolution du régime

1. Le premier franquisme (1939-1959)

L’autarcie d’après-guerre

En 1939, l’Espagne est un pays ruiné et décimé démographiquement. Les années d’après-guerre furent marquées par une régression importante en matière d’économie. Le naufrage de la production agricole et industrielle s’accompagna de bonds en arrière : le secteur primaire redépassant les 50% du revenu national. La faim et l’extrême pauvreté étaient la réalité quotidienne d’une grande partie de la population.

La solution que donna le régime franquiste à la pénurie économique fut semblable à celles créée par l’Italie mussolinienne, et consolidée par l’Allemagne nazie : l’autarcie, une politique économique basée sur la recherche de l’autosuffisance économique et l’intervention étatique.

L’interventionnisme s’étendit en grande partie sur l’économie nationale. L’État fixait les prix agricoles et obligea les paysans à donner les excédents de leurs récoltes. L’Institut National de l’Industrie (INI) fut créé en 1941, pour mieux contrôler l’industrie espagnole exsangue, et établir un contrôle rigide sur le commerce extérieur.

Un régime répressif

L’Espagne de 1939 était un pays profondément divisé entre vainqueurs et vaincus. En effet, les sources de la légitimité de la dictature franquiste étaient d’une part la victoire écrasante face aux forces républicaines en 1939, d’autre part une répression impitoyable face au camp des vaincus et à tout opposant réel ou potentiel.

Différentes normes légales furent dictées avant même la fin officielle de la guerre pour orchestrer le « nettoyage » de l’après-guerre : tout d’abord la Loi de responsabilités politiques de février 1939, aux effets rétroactifs, qui permettait de poursuivre tous ceux qui auraient appartenu à des organisations du Front populaire ou séparatistes ou qui se seraient opposés au « Glorieux mouvement national », et ce depuis octobre 1934. Cette loi fut suivie et complétée en mars 1940 par la Loi pour la répression de la franc-maçonnerie et le communisme, deux des épouvantails personnels du Franco, et par la Loi de sécurité de l’État en 1941.

Du fait de cette législation, des dizaines de milliers d’opposants politiques furent fusilles (les recherches les plus récentes donnent la chiffre d’entre 40 000 et 50 000 fusillés lors de la première décennie de la dictature)

Le franquisme pendant la Seconde Guerre mondiale

Le processus de fascisation entamé par la dictature franquiste pendant les années de la guerre civile allait se préciser avec son alignement avec les puissances de l’Axe à la veille de la Seconde Guerre  mondiale : ainsi, en 1939 Franco signait le Pacte anti-Komintern et l’Espagne abandonnait la Société des Nations. Or, la situation de l’Espagne ne lui permettait pas de prendre part au conflit du fait de l’épuisement économique et humain du pays après trois ans de guerre civil. En septembre 1939, l’Espagne proclamait officiellement sa neutralité, ce qui ne l’empêcha pas de développer une vaste propagande pro-allemande et de participer, même modestement, à l’effort de guerre allemand en lui fournissant de la main-d’œuvre ou certaines matières premières indispensables comme le wolfram. Les premières victoires allemandes et l’entrée de l’Italie en guerre en juin 1940 modifièrent l’attitude du Franco, qui commença à évaluer sérieusement la possibilité de s’atteler au char du vainqueur mais, toujours prudent, choisit de se déclarer comme « non-belligérant » en attendent la suite des événements.

En octobre 1940, Franco rencontra Hitler à Hendaye, mais les conditions excessives que le Caudillo demandait  pour son appui militaire firent échouer les négociations. Le début de l’offensive allemande contre l’Union soviétique en juin 1941 fournit à l’Espagne l’occasion de prendre part au conflit. Ainsi, une division appelée Division bleue (47 000 hommes) fut envoyée lutter à côté de la Wehrmacht sur le front russe.

Pendant cette période, le rôle de la Phalange dans l’exercice du pouvoir est déterminant. Elle contrôle la police politique, l’éducation nationale, l’action syndicale, la presse, la radio, la propagande et toute la vie économique et syndicale.

Mais les défaites de l’Allemagne, notamment à Stalingrad, et les pressions des Alliés, qui menaçaient l’Espagne d’un blocus,  poussa Franco à proclamer à nouveau la neutralité de l’Espagne en octobre 1943 et à entamer une série de changements « cosmétiques » de façon à débarrasser la dictatures des adhérences fascistes les moins présentables.

L’opposition

En 1944, des groupes d’exilés républicains, anciens maquisards en France, repassent les Pyrénées et tentent de lancer une guérilla contre le régime franquiste. Isolés, divisés (communistes contre anarchistes), probablement trahis, ils sont rapidement mis hors de combat.

La guerre froide

Malgré les manœuvres entreprises par le régime pour faire oublier son récent passé fasciste, l’Espagne sort isolée de la Seconde Guerre mondiale unanimement condamnée, comme alliée de l’Axe. L’Espagne est mise à l’écart de la conférence de San Francisco qui allait donner naissance à l’Organisation des Nations unies.

Mais la guerre froide, commencée en 1947, permettra à Franco de bénéficier de l’aide américaine. En 1953, Franco signe un traité avec les États Unis, les Pactes de Madrid, qui confère à cette puissance un accès à plusieurs bases militaires et navales espagnoles en échange d’une aide militaire et économique faisant de l’Espagne un membre important du bloc anti-communiste dans le contexte ouest-européen. En 1953 on signe un nouveau concordat avec le Vatican, en vertu duquel l’Église catholique comme institution participait à la gestion directe de l’État et imposait officiellement son code moral, tout comme la pratique religieuse obligatoire, à l’entière société espagnole. En 1955, le pays est admis au sein de la communauté internationale lors de son adhésion officielle aux Nations unies (ONU). Finalement le président Eisenhower, un des vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale, est accueilli triomphalement à Madrid  en 1959.

Les années 1950 marquent la fin de l’autarcie. L’échec évident du modèle isolationniste fit opter au régime franquiste un changement de cap en termes de politique économique, dès le début des années 1950. On assista à une libéralisation partielle des prix et du commerce et une plus grande liberté quant au commerce des biens. En 1952, on mit fin au rationnement des aliments. Ces mesures ramenèrent une certaine croissance économique, et en 1954, on redépassa enfin le PIB/habitant de 1935, l’Espagne avait donc perdu vingt ans en matière de développement économique.

2. Développement économique  (1959-1973)

La croissance économique naissante conduit, à une forte inflation qui, ajoutée aux conditions de vie médiocres, favorisa un fort mal-être social. La nécessité de réformes économiques structurelles était évidente. Finalement, après vingt ans de politiques économiques ratées, Franco permit l’entrée au gouvernement, en 1957, d’un groupe de technocrates de l’Opus Dei. Ces nouveaux ministres dessinèrent le Plan de Estabilización (1959) qui, en diminuant le protectionnisme et l’intervention de l’État dans l’économie, orientait l’Espagne vers le système libéral et l’intégration à l’Europe.

Une nouvelle période s’ouvre avec le Plan de stabilisation : celle du desarrollismo, qui allait remplacer la « légitimité d’origine » de Franco comme vainqueur de la guerre civile par une « légitimité d’exercice » comme artisan de la prosperité économique de l’Espagne.

La remise en marche économique du pays est en place. Il y a incitation au tourisme de masse avec 14 000 000 visiteurs en 1955, et 33 000 000 en 1972, développement de la production industrielle qui passe d’un indice 100 en 1962 à 379 en 1976. De 1964 à 1967 se déroule le grand plan de développement économique qui constitue une étape de plus. Depuis la fin des années 1960, le PNB augmente de plus de 7 % par an : c’était le « miracle économique espagnol ».

Malgré cela, à partir de 1967, l’opposition à Franco est de plus en plus forte : grèves, manifestations d’étudiants, attentats d’autonomistes basques. L’Église catholique cesse d’être un appui pour le régime et se range dans l’opposition à partir de 1970. Il n’est pas rare de constater que des groupes catholiques prirent ouvertement parti pour les travailleurs dans leur lutte contre le gouvernement franquiste lors des grèves des mineurs de charbon des Asturies dès 1962. Le pouvoir du dictateur s’affaiblira
progressivement.

3. Crise finale (1973-1975)

En juin 1973, Franco renonce pour la première fois depuis 1936 à la présidence du gouvernement et l’amiral Carrero Blanco est désigné pour occuper ce poste. La fonction du nouveau gouvernement, présidé par Carrero, était d’assurer la continuité du franquisme en le préservant de toute velléité libérale. Mais ce projet allait être pulvérisé par le brutal attentat de l’ETA qui coûta la vie à l’almiral Carrero Blanco en décembre 1973. La mort de Carrero ouvra la crise la plus importante et profonde de la dictature, mettant fin, de fait, à la possibilité d’un franquisme sans Franco. La période qui s’étend de la mort de Carrero jusqu’à celle de Franco lui-même peut être considérée comme une longue agonie de la dictature, où celle-ci perdit définitivement toute possibilité de se perpétuer sous le règne de Juan Carlos.

Bilan du franquisme

  • De 1939 jusqu’à la mort de Franco en 1975, le franquisme reste identique à lui-même. Il s’adapte seulement aux circonstances. Ce qui change, c’est la forme ; on renonce à des signes extérieurs trop compromettants, comme le salut fasciste, et à un vocabulaire qui rappellerait trop le totalitarisme. Sur l’essentiel, on ne cède rien. De bout en bout, le franquisme reste un régime autoritaire dans lequel la moitié de l’Espagne impose sa domination à l’autre.
  • Le Caudillo pratique l’immobilisme politique fondé sur l’arbitrage par lui-même des différents courants d’idées. Franco concentre tous les pouvoirs jusqu’à sa mort
  • La société espagnole subit une mutation économique favorable en presque 40 ans. L’agriculture se modernise et une société industrielle et urbaine supplante la société rurale du pays. Le développement économique crée ainsi de nouveaux pôles industriels en plus du Pays basque et de la Catalogne : Madrid, Saragosse, Valence.
  • Le franquisme n’a pu empêcher l’Espagne de changer ; celle de 1975 est bien différente de celle de 1936, dans ses structures, dans sa composition sociale et dans sa mentalité. Ces transformations, Franco les a subies plus que voulues.