2- Époque moderne

L’Inquisition

Le pape Sixte IV accorde aux Rois Catholiques une Inquisition propre aux royaumes d’Espagne

Nous apprenons que dans différentes cités de vos royaumes d’Espagne, nombre de ceux qui, de leur propre gré, avaient été régénérés en Jésus-Christ par les eaux sacrées du baptême sont retournés secrètement à l’observation  des lois et coutumes religieuses de la superstition juive[…]. En raison du crime de ces hommes et de la tolérance du Saint-Siège à leur égard, la guerre civile, l’homicide et des maux innombrables affligent vos royaumes[…]. Nous désirons donc faire droit à votre pétition et appliquer les remèdes propres à soulager les maux que vous nous signalez. Nous vous autorisons à désigner trois, ou au moins deux évêques, ou hommes éprouvés, qui soient prêtres séculiers, religieux d’ordre mendiant ou non mendiant, âgés de quarante ans au moins, de haute conscience et de vie exemplaire, maîtres ou bacheliers en théologie, ou docteurs et licenciés en droit canon, soigneusement examinés et choisis, craignant Dieu, et que vous jugerez dignes d’être nommés pour le temps présent, dans chaque cité ou diocèse desdits royaumes, selon les besoins […]. En outre, nous accordons à ces hommes à l’égard de tous ceux accusés de crimes contre la foi, et de ceux qui les aident et les favorisent, les droits particuliers et juridiction tels que la loi et la coutume les attribuent aux ordinaires et aux Inquisiteurs de l’hérésie.

Bulle Exigitsincerae devotionis, datée du 1er novembre 1478

La procédure inquisitoriale : une séance de torture

Elle [il s’agit d’une femme, bonne chrétienne selon les témoins, mais accusée de ne pas manger de porc et de mettre du linge propre le samedi] fut conduite à la chambre de torture, et invitée à dire la vérité ; elle dit qu’elle n’avait rien à dire. On lui ordonna de se déshabiller et on l’admonesta de nouveau, mais elle gardait le silence. Une fois dévêtue, elle dit : « Seigneur, j’ai fait tout ce dont on m’accuse, et je porte témoignage pour parjure contre moi-même, car je ne puis supporter l’état où me voici ; plaise à Dieu, je n’ai rien fait. » On lui dit de ne pas porter témoignage contre elle-même, mais de dire la vérité. On lui lia les bras[…]. Un tour de corde fut appliqué et on l’exhorta à dire la vérité, mais elle dit qu’elle n’avait rien à dire. Ensuite elle gémit et dit : « Dites-moi ce que vous voulez de moi, car je n’ai rien à dire… » Un autre tour fut donné et elle dit : « Détachez-moi pour que je puisse me rappeler ce que je dois dire : je ne sais pas ce que j’ai fait, je n’ai pas mangé de porc parce que cela me rend malade […] » Un autre tour de corde fut ordonné […]. On lui dit de relater les détails de ce qu’en réalité elle avait fait. Elle dit : « Que faut-il que je  dise ? J’ai tout fait – détachez moi, car je ne me rappelle pas ce que j’ai fait – vous ne voyez pas que je suis une faible femme – oh ! mes bras.

Léon Poliakov, Histoire de l’antisémitisme

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La défense des Indiens

Le 4 décembre 1511, à Saint-Domingue, le missionnaire Antonio Montesinos dénonce le comportement des colons. Son sermon est cité ici par Las Casas, qui devint ensuite le défenseur des Indiens.

De quel droit et selon quelle justice maintenez-vous ces Indiens dans une servitude aussi cruelle et aussi horrible ? Qui vous a autorisés à leur faire des guerres aussi détestables, alors qu’ils étaient tranquilles et en paix dans leur pays, où vos tueries et vos ravages inouïs ont détruit un nombre incalculable d’entre eux ? Comment pouvez-vous les maintenir dans une telle oppression et un tel épuisement, sans leur donner à manger ni soigner leurs maladies, puisqu’à cause du travail excessif que vous leur imposez ils meurent, ou plutôt vous les tuez, pour avoir un peu plus d’or chaque jour ? Quel souci avez-vous de leur assurer le catéchisme et de leur faire connaître leur Dieu et leur Créateur, qu’ils soient baptisés, entendent la messe et observent le dimanche et les jours de fête ? Ne sont-ils pas des hommes ?

Bartolomé de Las Casas, Histoire des Indes (terminée en 1562), trad. J.-P. Clément et J.-M. Saint Lu, Seuil, Paris, 2002

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Le marquis de Santa Cruz visite ses terres (1774)

« De Valdepeñas à Santa Cruz de Muleda, deux lieues de bonne route. Bien avant le  village se présentent à nous, successivement : un alcalde, un avocat, un médecin et les officiers de la milice en uniforme ; une berline, pleine de monde ;  un peloton de garçons qui courent derrière la voiture ; les gardes-vignes, qui font une décharge de mousqueterie ; une troupe de jeunes braves, avec drapeaux et hallebardes ; un peuple immense, enfin, qui emplit rues et places, juché jusque sur les bras des croix, de sorte que les voitures ont du mal à se frayer un passage, un triomphe ! Acclamations, poussière, vivats sans fin, sonneries de cloches. Son Excellence descend de la voiture et gagne la maison qu’on lui a préparée. Les ecclésiastiques en corps et les notables l’y reçoivent et le complimentent.

La rue n’est plus qu’un essaim bourdonnant d’hommes, de femmes et d’enfants, les yeux fixés sur les fenêtres, jupes et chemises tendus, dans l’attente de la manne dont avait bénéficié Valdepeñas. Ils ne furent pas déçus. Tel un nuage chargé d’une pluie bénéfique, don Bartolomé, le majordome, se montre à la croisée ; d’un bras puissant il fait pleuvoir sur la foule maintes monnaies de bon aloi… Qui dira les applaudissements qui saluèrent l’apparition de Son Excellence au balcon ? »

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Gaspar Melchor de Jovellanos (1744-1811)

Cadet d’une famille de moyenne noblesse asturienne, il songea d’abord à embrasser une carrière ecclésiastique. Les appuis dont il jouissait l’orientèrent finalement vers l’administration. En poste à l’audience de Séville (1767), ses dons littéraires sont remarqués par Olavide, alors intendant de la ville, dont il fréquentait le salon.  Propagandiste attitré des Lumières, appelé à la Cour ( 1778) et nommé au Conseil des  ordres militaires, membre de l’Académie royale d’histoire et de l’Académie royale des lettres, il compose des comédies larmoyantes, dans le style français.

Eloigné de Madrid par Godoy, il consacre ses loisirs forcés au développement économique des Asturies. Il rédigea alors, à la demande de la Société économique de Madrid, son fameux Rapport sur la loi agraire, résumé de la doctrine des Lumières sur les biens de mainmorte (1793) et la version définitive d’un Rapport sur la police des spectacles qui fera date.

Rappelé en 1797 et nommé Secrétaire des expéditions de Grâce et de Justice, il fut rapidement destitué, exilé a Gijon, puis emprisonné aux Baléares (1802-1808). Ferdinand VII le libéra après l’émeute d’Aranjuez. Refusant les avances de Joseph Bonaparte, il dirigea un temps la résistance contre les Français. Il revint mourir aux Asturies.

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Décret royal du 29 juin 1707 (« Decreto de Nueva Planta »)

Attendu que les Royaumes d’Aragon et de Valence, et tous leurs habitants avec eux, du fait de leur rébellion, ont entièrement manqué  à la fidélité qu’ils m’avaient jurée comme à leur légitime Roi et seigneur ;

Attendu qu’ils ont de ce fait perdu tous les fors, privilèges, exemptions et libertés dont ils jouissaient, qui leur avait été si généreusement octroyés par moi-même et par les rois mes prédécesseurs, leurs seigneurs… ;

Attendu que j’ai pouvoir absolu sur lesdits royaumes d’Aragon et de Valence puisque, outre le fait qu’ils font partie de ceux que je possède en toute légitimité dans cette Monarchie, j’exerce maintenant sur eux un juste droit de conquête…

Attendu que l’imposition et la dérogation des lois est l’un des principaux attributs de la souveraineté ; que des circonstances nouvelles et l’évolution des mœurs m’autorisaient à les modifier même si ne s’étaient produits les graves événements, qui donnent un si juste fondement à l’exercice de ce droit…

Attendu que je désire réduire uniformément tous mes royaumes d’Espagne aux lois, institutions us et coutumes de Castille, dont l’Univers entier loue la justesse… ;

Je déclare entièrement abolis et annulés la totalité des susdits fors, privilèges, pratiques, et coutumes jusqu’ici observés dans lesdits royaumes d’Aragon et de Valence ; je les réduis aux lois de Castille, aux usages, pratiques et formes de gouvernement qui ont et ont toujours eu cours en celle-ci et en ses tribunaux, sans distinction aucune, car telle est ma volonté.

En conséquence de quoi, mes fidélissimes sujets castillans pourront exercer tout office et emplois en Aragon et à Valence, de même que les Aragonais et Valenciens en Castille, sans distinction aucune. Aux uns je montre ainsi ma gratitude pour leur parfaite fidélité… Aux autres je donne des preuves de ma bénignité, en les habilitant pour ce à quoi même la liberté dont ils jouissaient sous les fors maintenant abolis ne leur donnait pas accès.

Ainsi ai-je résolu que l’Audience qui vient de se former à Valence et celle que j’ai ordonné de former à Saragosse auront la même organisation et obéiront en tout et pour tout aux mêmes règles que les deux chancelleries de Valladolid et de Grenade. Elles observeront à la lettre les mêmes droits régaliens, les mêmes lois, la même pratique, les mêmes ordonnances et coutumes que celles-ci, sans la moindre différence en rien, sauf en ce qui concerne les controverses de juridiction avec les tribunaux ecclésiastiques et la procédure correspondante [où l’on conservera la pratique antérieure des deux royaumes, même en ce qu’elle a de contraire aux lois de Castille]

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