3 – Absolutisme- Liberalisme

La réaction de Murat aux événements madrilènes du 2 mai 1808. Lettre au général Dupont

Monsieur le Général, la tranquillité publique a été troublée dans la capitale ; depuis deux jours tous les discours et le grand nombre de paysans introduits dans Madrid nous annonçaient une crise. En effet, dès les huit heures du matin, hier, la canaille de cette ville obstruait toutes les avenues du palais, ainsi que les cours. La reine d’Etrurie devait partir pour Bayonne : un aide de camp, que j’envoyais pour la complimenter, fut arrêté par la populace à une des portes du palais, et il aurait été assassiné sans un piquet de ma garde que j’envoyai pour le délivrer. Un second aide de camp, qui portait des ordres au général Grouchy, fut assailli à coups des pierres. Alors, on battit la générale, et les troupes coururent sur les points qu’elles avaient ordre d’occuper en cas d’alarme. Plusieurs colonnes marchèrent contre différents rassemblements : quelques coups de canon à mitraille les dispersèrent, et tout est rentré dans l’ordre. Cinquante paysans, pris les armes à la main, ont été fusillés hier soir ; cinquante autres l’ont été ce matin. La ville sera désarmée, et une proclamation va annoncer que tout Espagnol à qui l’on trouvera quelque arme que ce soit, sera considéré comme séditieux et fusillé. Cette proclamation sera envoyée par le gouvernement à tous les capitaines-généraux et à tous les officiers commandant les différents corps de l’armée espagnole, en les rendant responsables des événements. L’ordre du jour suivant sera envoyé en même temps que la proclamation. Au moyen de la bonne leçon que je viens de donner, la tranquillité publique ne sera plus troublée. J’ai appris qu’il y avait eu une alarme à Aranjuez, dimanche soir, à cause de quelques coups de fusil tirés d’une maison, et j’ai donné ordre au général Vedel de convoquer une commission militaire, et de faire fusiller les paysans que l’on a trouvés en armes dans la maison, laquelle doit être brûlée ou démolie. Faites afficher mon ordre du jour à Tolède, à Aranjuez et dans vos différentes cantonnements : ayez soin qu’on distribue les différentes gazettes et les imprimés qui y seront joints ; envoyez des officiers pour vous informer des mouvements de l’armée du général Solano, et je suis convaincu qu’elle n’en fera pas un seul dont vous ne soyez instruit. Déclarez publiquement que l’Empereur a fait notifier au prince des Asturies qu’il ne le regardait que comme princes des Asturies, que le vieux Roi et ce Prince ont choisi l’empereur pour arbitre de leur différend, et que dans ce moment il doit être terminé. Témoignez à la noblesse et au clergé que la conservation de leurs privilèges dépendra de la conduite qu’ils tiendront vis-à-vis de l’Empereur et de ses troupes, et que l’intérêt de la nation espagnole est d’être constamment unie avec la France. Annoncez encore que l’Empereur se rend garant de l’intégrité et de l’indépendance de la monarchie espagnole.

Dans la journée d’hier il y eut au moins 1200 hommes de tués, soit de la populace, soit de bourgeois de Madrid ; et de notre côté, nous n’avons eu que quelques centaines de blessés, et cela parce qu’ils s’étaient trouvés seuls dans les rues.

Sur ce, Monsieur le Comte, je prie Dieu qu’il vous ait en sa sainte et digne garde.

Madrid, le 3 mai 1808.

Joachim.

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Proclamation de Napoléon aux Espagnols 1808

Le 5 mai 1808, Napoléon renverse la famille royale espagnole et place son frère Joseph sur le trône d’Espagne. Une insurrection avait éclaté auparavant à Madrid, contre les troupes françaises déjà stationnées dans le pays. Après l’avoir réprimée dans le sang, le 25 mai 1808, Napoléon publie une déclaration aux Espagnols.

Napoléon, Empereur des Français, Roi d’Italie, et Protecteur de la Confédération du Rhin, etc., etc., etc., à tous ceux qui les présentes verront, Salut

Espagnols, après une longue agonie, votre nation périssait. J’ai vu vos maux ; je vais y porter remède.

Votre grandeur, votre puissance fait partie de la mienne. Vos princes m’ont cédé tous leurs droits à la Couronne des Espagnes. Je ne veux point régner sur vos provinces, mais je veux acquérir des titres éternels à l’amour et à la reconnaissance de votre postérité.

Votre monarchie est vielle : ma mission est de la rajeunir. J’améliorerai toutes vos institutions, et je vous ferai jouir des bienfaits d’une réforme sans froissements, sans désordres, sans convulsion.

Espagnols, j’ai fait convoquer une assemblée générale des députations des provinces et des villes. Je veux m’assurer moi-même, de vos désirs et de vos besoins.

Je déposerai alors tous mes droits, et je placerai votre glorieuse couronne sur la tête d’un autre moi-même, en vous garantissant une Constitution qui concilie la sainte et salutaire autorité du souverain avec les libertés et les privilèges du peuple.

Espagnols, souvenez-vous de ce qu’ont été vos pères ; voyez ce que vous êtes devenus. La faute n’en est pas à vous, mais à la mauvaise administration qui vous a régis. Soyez pleins d’espérance et de confiance dans les circonstances actuelles ; car je veux que vos derniers neveux conservent mon souvenir et disent : Il est le Régénérateur de notre Patrie.

Donné en notre Palais Impérial et Royal de Bayonne, le 25 mai 1808.

Napoléon.

Paru dans Le Moniteur du 18 juin 1808

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La Constitution de Bayonne, proclamée le 7 juillet 1808

Acte constitutionnel de l’Espagne

Constitution

Au nom du Dieu tout-puissant Don Joseph-Napoleón, par la grâce de Dieu, roi des Espagnes et des Indes ;

Après avoir entendu la junte nationale, réunie à Bayonne par les ordres de notre très cher et bien aimé frère Napoléon, empereur des Français, roi d’Italie, protecteur de la confédération du Rhin, etc., etc., etc.

Nous avons décrété et décrétons le présent statut constitutionnel, pour être exécuté comme loi fondamentale de nos Etats, et comme base du pacte qui lie nos peuples à nous et nous à nos peuples

Titre premier

De la religion

Article premier.- La religion catholique, apostolique et romaine est en Espagne et dans toutes les possessions espagnoles la religion du roi et de la nation : aucune autre n’est pas permise.

Titre II

De la succession à la couronne

Art.2.- La couronne d’Espagne et des Indes est héréditaire dans notre descendance directe, naturelle et légitime, de mâle en mâle, par ordre de primogéniture [et à l’exclusion perpétuelle des femelles].

À défaut de notre descendance masculine, naturelle et légitime, la couronne d’Espagne et des Indes sera dévolue à [notre très cher et bien aimé frère] l’empereur Napoléon, empereur des Français, roi d’Italie, protecteur de la confédération du Rhin, et à ses héritiers et descendants mâles, naturels, légitimes ou adoptifs (…)

Titre IX

Des Cortès

Art. 61.- Il y aura des cortès ou assemblées de la nation, composés de 172 membres et divisées en trois bancs, à savoir :

Le banc du clergé ;

Le banc de la noblesse ;

Le banc du peuple.

Le banc du clergé sera établi à la droite du trône ;

Le banc de la noblesse à la gauche ;

Le banc du peuple en face.

Art. 62.- Le banc du clergé sera composé de vingt-cinq archevêques ou évêques.

Art. 63.- Le banc de la noblesse sera composé de vingt-cinq nobles, qualifiés de Grands des Cortès.

Art. 64.- Le banc du peuple sera composé :

1º De soixante-deux députés des provinces, tant d’Espagne que des Indes.

2º De trente députés des principales villes de l’Espagne et îles adjacentes.

3º De quinze négociants ou commerçants

4º De quinze députés des universités, savants ou hommes distingués par leur mérite personnel, soit dans les sciences, soit dans les arts (…)

Art. 72.- Les députes des provinces et des villes ne peuvent être choisis que parmi les propriétaires de biens-fonds.

Art. 73.- Les quinze négociants ou commerçants seront choisis parmi les membres des chambres de commerce et les négociants les plus riches et les plus considérés du royaume (…)

Titre X

Des royaumes et provinces espagnoles d’Amérique et d’Asie

Art. 87.- Les royaumes et provinces d’Amérique et d’Asie jouiront des mêmes droits que la métropole.

Art. 88.- Toutes espèces de culture et d’industrie seront libres dans lesdits royaumes et provinces,

Art. 89.- Le commerce réciproque d’un royaume ou d’une province avec l’autre et desdits royaumes et provinces avec la métropole est permis (…)

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La Guerre d’Espagne d’après Napoléon

L’Empereur a été malade toute la nuit, il était encore souffrant tout le jour ; il a pris un bain de pieds, et ne s’est pas trouvé en humeur de sortir ; il a dîné seul dans son intérieur, et m’a fait venir vers le soir.

L’Empereur s’est remis en causant ; le sujet a été constamment la guerre d’Espagne : j’en ai déjà mentionné quelque chose plus haut, où l’on a vu que l’Empereur s’y condamne entièrement. Je cherche à répéter le moins possible, aussi je vais inscrire ici seulement ce qui m’a paru neuf.

« Le vieux roi et la reine, disait l’Empereur, étaient, au moment de l’événement, l’objet de la haine et du mépris des sujets.

« Le prince des Asturies conspira contre eux, les fit abdiquer et devint aussitôt l’amour, l’espoir de la nation. Toutefois, cette nation était mûre pour de grands changements, et les sollicitait avec force ; j’y étais très populaire ; c’est dans cette situation des esprits que tous ces personnages furent réunis à Bayonne ; le vieux roi me demandant vengeance contre son fils, le jeune prince sollicitant ma protection contre son père et me demandant une femme. Je résolus de profiter de cette occasion unique pour me délivrer de cette branche des Bourbons, continuer dans ma propre dynastie le système de famille de Louis XIV, et enchaîner l’Espagne aux destinées de la France. Ferdinand fut envoyé à Valençay ; le vieux roi, à Compiègne, à Marseille, où il voulut ; et mon frère Joseph fut régner dans Madrid avec une constitution libérale adoptée par une junte de la nation espagnole, qui était venue la recevoir à Bayonne.

« Il me paraît, continuait-il, que l’Europe et même la France n’ont jamais eu une idée juste de la situation de Ferdinand à Valençay. On se méprend étrangement dans le monde sur le traitement qu’il a éprouvé, et plus encore peut-être sur ses dispositions et ses opinions personnelles relatives à sa situation. Le fait est qu’il était à peine gardé à Valençay, et qu’il n’eût pas voulu s’en échapper. S’il se trama quelques intrigues pour favoriser son évasion, il fut le premier à les dénoncer. Un Irlandais (baron de Colli) pénétra jusqu’à sa personne au nom de Georges III, lui offrant de l’enlever ; mais loin d’y accéder, Ferdinand tout aussitôt en donna connaissance à l’autorité.

« Il ne cessait de me demander une femme de ma main. Il m’écrivait spontanément pour me complimenter toutes les fois qu’il m’arrivait quelque chose d’heureux. Il avait donné des proclamations aux Espagnols pour qu’ils se soumissent, il avait reconnu Joseph ; choses qu’on eût pu regarder comme forcées peut-être ; mais il lui demandait son grand cordon […]

« On sera certain un jour que dans les grandes affaires d’Espagne je fus complètement étranger à toutes les intrigues intérieures de sa cour, que je ne manquai de parole ni à Charles IV, ni a Ferdinand VII ; que je ne rompis aucun engagement vis-à-vis du père ni de fils, que j’e n’employai point de mensonge pour les attirer tous deux à Bayonne ; mais qu’ils accoururent à l’envi l’un de l’autre. Quand je les vis à mes pieds, que je pus juger par moi-même de toute leur incapacité, je pris en pitié le sort d’un grand peuple, je saisis aux cheveux l’occasion unique que me présentait la fortune pour régénérer l’Espagne, l’enlever à l’Angleterre et l’unir intimement à notre système […]

« Deux partis, disait l’Empereur, divisaient la cour et la famille régnante : l’un était celui du monarque, aveuglement gouverné par son favori, le prince de la Paix, lequel s´était fait le véritable roi. L’autre était celui de l’héritier présomptif, conduit par son précepteur, Escoiquiz, qui aspirait à gouverner. Ces deux partis recherchaient également mon appui, et me faisaient beau jeu ; nul doute que je ne fusse résolu d’en tirer tout l’avantage possible.

« Le favori, pour se maintenir dans son poste, aussi bien que pour se mettre à l’abri de la vengeance du fils (la mort du père arrivant), m’offrait, au nom de Charles IV, de faire de concert la conquête du Portugal, se réservant pour lui la souveraineté des Algarves comme asile.

« D’un autre côté, le prince des Asturies m’écrivait clandestinement, à l’insu de son père, pour me demander une femme de ma main, et implorer ma protection.

« Je conclus avec le premier, et laissai le second sans réponse. Mes troupes étaient déjà admises dans la Péninsule quand le fils profita d’une émeute pour faire abdiquer son père et régner à sa place.

Comte de Las Cases, Le mémorial de Sainte-Hélène, Bibliothèque de la Pléiade, Paris 1956.

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La guerre d’Indépendance et la nouvelle armée espagnole

Après le soulèvement de 1808, la guerre contre la France napoléonienne constituait une combinaison originale de guerre régulière et de guérillas. De cette double expérience naquit en 1814 une armée dotée de caractéristiques propres et singulières, une armée nouvelle en processus de transformation et, pour ce motif, profondément divisée. Soumise aux changements sociaux et idéologiques décisifs qu’avaient subis les armées européennes après les guerres de la Révolution française et de l’empire napoléonien, elle devint un instrument pour l’implantation de l’idéologie nationale ainsi qu’un véhicule de promotion sociale. L’intégration en une même institution de composants sociaux très divers, – comme le traditionnel, aristocratique, et le composant populaire qui se concentra dans les classes subalternes et de sous-officiers était une caractéristique de cette armée espagnole surgie entre 1808-1814, après la faillite de l’institution de l’ancien régime face à l’invasion étrangère. La récente pénétration dans la nouvelle armée de secteurs provenant de la guérilla et la claire adhésion d’un secteur des commandements et des officiers à l’idéologie libérale de l’époque, donna une nouvelle tonalité nettement pro-constitutionnelle à une partie de l’armée.

Irène Castells Olivan « Le libéralisme insurrectionnel espagnol (1814-1830) »

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Constitution politique de la monarchie espagnole, promulguée à Cadix le 19 mars 1812

Au nom de Dieu le tout-puissant, Père, Fils et Saint-Esprit, auteur et législateur suprême des sociétés.

Les cortès généraux et extraordinaires de la nation espagnole, bien convaincus, d’après un long examen et une mûre délibération, que les anciennes lois fondamentales de cette monarchie, modifiées par une organisation et appuyées d’une garantie, qui assurent d’une manière stable et permanente leur entière exécution, rempliront le grand objet désiré, celui de la gloire, de la prospérité et du bien-être de toute la nation, décrètent, pour le bon gouvernement et la bonne administration de l’État, la constitution politique suivante :

TITRE I

De la Nation espagnole et des Espagnols

CHAPITRE PREMIER

De la Nation espagnole

Art. 1.- La Nation espagnole se compose de tous les Espagnols de deux hémisphères.

Art. 2.- La Nation espagnole est libre et indépendante ; elle n’est ni peut être le patrimoine d’aucune famille ni d’aucun individu.

Art. 3.- La souveraineté réside essentiellement dans la nation ; et, par la même raison, c’est à elle qu’appartient exclusivement de droit d’établir ses lois fondamentales.

Art. 4.- La Nation est obligée de conserver et de protéger, par de lois sages et justes, la liberté civile, la propriété ainsi que les autres droits légitimes de tous les individus qui la composent.

CHAPITRE II

Des Espagnols

Art. 5.- Sont espagnols :

1º Tous les hommes libres, nés et domiciliés dans les possessions des Espagnes, ainsi que leurs enfants ;

2º Les étrangers qui ont obtenu des lettres de naturalisation des cortès ;

3º Ceux qui, sans ces lettres de naturalisation, sont domiciliés, conformément à la loi, depuis dix ans dans quelque ville ou village de la monarchie ;

4º Les affranchis, dès qu’ils ont acquis la liberté dans les Espagnes.

Art. 6.- L’amour de la patrie est un des principaux devoirs de tous les Espagnols, ainsi que la justice et la bienfaisance (… y,  asimismo, el ser justos y benéficos).

Art. 7.- Tout Espagnol est obligé d’être fidèle à la constitution, d’obéir aux lois et de respecter les autorités constituées.

Art. 8.- Est également obligé tout Espagnol, sans aucune distinction, de contribuer, à proportion de ses facultés, aux dépenses de l’État.

Art. 9.- Tout Espagnol est encore obligé de défendre la patrie, les armes à la main, quand il est appelé par la loi.

TITRE II

Du territoire des Espagnes, de sa religion, de son gouvernement et des citoyens espagnols

CHAPITRE II

De la religion

Art. 12.- La religion de la nation espagnole est et sera perpétuellement la religion catholique, apostolique romaine, et la seule vraie. La nation la protège par des lois sages et justes, et défend l’exercice de toutes les autres.

CHAPITRE III

Du gouvernement

Art. 13.- L’objet du gouvernement est le bonheur de la nation, car le but de toute société politique n’est autre chose que le bien-être des individus qui la composent.

Art. 14.- Le gouvernement de la nation espagnole est une monarchie limitée héréditaire.

Art. 15.- Le pouvoir de faire les lois réside dans les cortès avec le roi.

Art. 16.- Le pouvoir de faire exécuter les lois réside dans le roi.

Art. 17.- Le pouvoir d’appliquer les lois dans les causes civiles et criminelles, réside dans les tribunaux établis par la loi.

TITRE IV

Du roi

CHAPITRE PREMIER

De l’inviolabilité du roi et de son autorité

Art. 168.- La personne du roi est sacrée et inviolable. Le roi n’est sujet à aucune responsabilité.

Art. 169.- Le roi aura le titre de majesté catholique.

Art. 170.- Le pouvoir de faire exécuter les lois est l’attribution exclusive du roi, et son autorité s’étend à tout ce qui a pour objet la conservation de l’ordre public dans l’intérieur et la sûreté extérieure de l’état, en se conformant à la constitution et aux lois (…)

Art. 172.- L’autorité royale est soumise aux restrictions suivantes :

1º Le roi ne peut empêcher, sous aucun prétexte, la réunion des cortès aux époques et dans les circonstances prévues par la constitution, ni les suspendre, ni les dissoudre, ni en aucune manière entraver leurs séances et délibérations.

Ceux qui le conseilleraient ou l’aideraient dans une tentative ayant pour but des actes de cette nature, sont déclarés traîtres et seront poursuivis comme tels.

2º Le roi ne peut sortir du royaume sans le consentement des cortès ; s’il le fait, il est censé avoir abdiqué.

3º Le roi ne peut aliéner, céder, abandonner, ni de quelque manière que ce soit, transporter à un autre l’autorité royale, ni aucune de ses prérogatives. Si, pour une cause quelconque, il veut abdiquer la couronne en faveur de son successeur immédiat, il ne peut le faire sans le consentement des cortès.

4º Le roi ne peut aliéner, céder ou échanger aucune province, ville, bourg ou village, ni aucune portion, quelque petite qu’elle puisse être, du territoire espagnol.

5º Le roi ne peut faire d’alliance offensive, ni de traité spécial de commerce avec aucune puissance étrangère, sans le consentement des cortès.

6º Il ne peut non plus s’obliger, par aucun traité, à fournir des subsides à aucune nation étrangère, sans le consentement des cortès.

7º Le roi ne peut céder ni aliéner les biens nationaux sans le consentement des cortès.

8º Le roi ne peut exiger directement par lui, ni indirectement, aucuns impôts ou contributions, ou les demander sous quelque dénomination ou quelque prétexte que ce soit ; mais ils doivent toujours être décrétés par les cortès.

9º Le roi ne peut accorder de privilège exclusif à aucune personne ou corporation.

10º Le roi ne peut ôter à aucun particulier, ni à aucune corporation, leur propriété, ni les troubler dans la possession, usage ou profits de ladite propriété ; et si, dans un cas quelconque, il est nécessaire, pour un objet d’utilité commune et reconnue, de prendre la propriété d’un particulier, il ne pourra le faire sans l’indemniser sur-le-champ, et sans lui en donner la valeur bien constatée par experts.

11º Le roi ne peut priver aucun individu de sa liberté, ni lui infliger aucune peine de son autorité privée. Le ministre qui signe l’ordre, et le juge qui l’exécute, sont responsables envers la nation, et punis comme coupables d’attentat contre la liberté individuelle.

Seulement, dans le cas où le bien et la sûreté de l’État exigent l’arrestation d’un individu, le roi pourra donner des ordres à cet effet, mais à la condition que, dans les quarante-huit heures, il le fera livrer et mettre à la disposition du tribunal ou juge compétent.

12º Le roi, avant de contracter mariage, en fera part aux cortès, pour obtenir leur consentement ; et s’il ne le fait pas, il est censé abdiquer la couronne.

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Décret royal du 4 mai 1814

(…) Me conformant à la manifestation résolue et unanime de la volonté de mes peuples, et parce qu’elle est juste et fondée, je déclare qu’il est dans mes royales intentions, non seulement de ne pas prêter serment ni donner mon acquiescement à ladite Constitution ni à quelconque décret des Cortès générales et extraordinaires, non plus qu’aux Cortès ordinaires tenant session actuellement, c’est-à-dire aux mesures réduisant les droits et prérogatives de ma souveraineté établis par la constitution et les lois qui régissent la nation depuis longtemps, mais encore de déclarer cette constitution et ces décrets nuls, d’aucun effet ni valeur, à cette heure et à jamais, comme si de pareilles choses n’avaient jamais existé et qu’on les effaçât du temps, et sans obligation pour mes peuples et mes sujets de toute classe et condition de s’y soumettre et de les respecter. Et comme celui qui, voulant les défendre, contreviendrait à la présente déclaration royale formulée conformément à une décision et à une volonté de cette nature, attenterait par là aux prérogatives de ma souveraineté et au bonheur de la nation et jetterait le trouble et l’agitation dans mes royaumes, je déclare coupable de lèse-majesté quiconque oserait commettre ou entreprendre une pareille action ; comme tel, il se verra infliger la peine capitale, qu’il soit passé aux actes ou que, par ses écrits ou par ses propos, il ait entraîné ou incité ou d’une quelconque manière exhorté et poussé à respecter et à observer ladite constitution et lesdits décrets (…)

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