5- La Seconde République

La deuxième République

La République est arrivée dans l’euphorie. Au gouvernement provisoire sont représentées presque toutes les tendances, de la gauche à  la droite. Il comprend trois socialistes –Fernando de los Ríos à la Justice, Prieto aux Finances, Largo Caballero au Travail–, deux radicaux –Lerroux, ministre d’État, et Martinez Barrio aux communications–, deux radicaux-socialistes –Alvaro de Albornoz au Développement et Marcelino Domingo à l’Instruction publique–, un membre du groupe d’Action républicaine –Azaña, ministre de la Guerre– et enfin deux représentants des régionalismes : le Catalan d’Olwel à l’Économie et le Galicien Casares Quiroga à la Marine. L’orientation est nettement à gauche, sans être révolutionnaire. Tous les ministres sont décidés à mettre en œuvre le programme minimum sur lequel ils sont tombés d’accord lors du pacte de Saint-Sébastien. Ils ont conscience qu’une ère nouvelle commence. Le problème est de ne pas décevoir l’espoir des Espagnols qui attendent tout de la République. « La dictature avait gouverné, et non transformé » (Pierre Vilar) ; la République voulait transformer, mais saurait-elle gouverner ? Le pouvait-elle ? Primo de Rivera avait bénéficié d’une phase de prospérité qui s’était manifestée en Espagne comme dans le reste de l’Europe et ce n’est sans doute pas un hasard si son déclin avait coïncidé avec les premiers effets de la crise de 1929 : la chute de la peseta, le chômage qui suit les grands travaux entrepris à l’occasion de l’exposition universelle de Barcelone et de l’exposition ibéro-américaine  de Séville. La République doit affronter une conjoncture difficile. La production minière et sidérurgique baisse ; les exportations d’agrumes, de vin et d’huile s’effondrent. En 1935, le commerce extérieur représente moins de six cents millions de pesetas-or. Il dépassait deux mille millions en 1928. On peut imaginer les conséquences pour l’emploi. Les usines tournent au ralenti ; les ouvriers les plus favorisés ne travaillent que trois ou quatre jours par semaine. La situation est pire dans l’agriculture. Malgré la progression de l’activité industrielle, le secteur agricole représente encore, en 1931, 45,5 % de la population active. Beaucoup de terres sont laissées en friche ; des ouvriers sont renvoyés ou ne travaillent qu’un mois sur douze. Sur six cent mille chômeurs totaux, quatre cent mille sont des paysans. Circonstance aggravante, l’émigration ne constitue plus une solution pour l’excédent de main-d’œuvre. Ils étaient plus d’un million, les Espagnols qui, chaque année, s’expatriaient pour chercher à l’étranger le travail qu’ils ne trouvaient pas chez eux. L’Amérique et les pays développés d’Europe, eux aussi touchés par la récession, se ferment, et beaucoup de ceux qui étaient partis retournent maintenant en Espagne où ils viennent grossir le nombre de chômeurs. Cette situation permet de comprendre l’impatience des masses et la détermination des organisations syndicales, ainsi que lu durcissement des partis de gauche sous la pression de leurs adhérents et des électeurs.

En Espagne comme dans d’autres pays d’Europe, la crise a des répercussions politiques, sociales et idéologiques. Ici aussi, on s’interroge sur l’opportunité de donner plus d’initiative à l’État pour maîtriser les mécanismes économiques ; on discute des avantages respectifs de la propriété privée et de la collectivisation des moyens de production ; on accuse le système parlementaire et la démocratie d’être incapables de faire face aux problèmes et l’on prône l’établissement d’un pouvoir fort, voire d’un dictature plus autoritaire que celle de Primo de Rivera. En Espagne aussi, les forces de gauche ont les mêmes réflexes qu’ailleurs : opposer à la montée du totalitarisme une alliance antifasciste. On retrouve ces analogies jusque dans la chronologie : c’est presque au même moment qu’apparaissent la Phalange en Espagne et les Croix de feu en France. La poussée à droite dans l’Espagne en 1934 est contemporaine de la manifestation du 6 février à Paris et, dans les deux pays, des coalitions électorales su type Front populaire s’efforcent d’empêcher l’établissement d’un régime autoritaire. Ces considérations conduisent à ne pas isoler l’histoire de la République espagnole de l’évolution générale en Europe. Ce qui est spécifique à l’Espagne, c’est, d’abord, l’instauration tardive de la démocratie, encore trop peu enracinée dans le pays pour résister à la pression des tenants de l’Ancien Régime ; c’est, ensuite, l’existence d’aspirations régionalistes qui apparaissent à certains comme une menace pour l’unité de la nation : c’est, enfin, la présence d’une masse de prolétaires démunis de tout, l’acuité de la question agraire et le refus des possédants d’accepter toute réforme, même modeste et échelonnée dans le temps. La conjonction des problèmes généraux et des questions spécifiques finit par créer une situation explosive qui débouche sur une guerre civile.

Joseph Pérez. Histoire de l’Espagne. Fayard. Paris, 1996. p.705-707.

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Manuel Azaña

[…] Je me réfère à ce problème que certains appellent le problème religieux. Pour ma part, je formule la prémisse de ce problème, qui aujourd’hui est politique, dans les termes suivants : l’Espagne a cessé d’être catholique ; et le problème politique qui en découle est donc d’organiser l’État de telle sorte qu’il soit adapté à cette phase historique nouvelle que vit le peuple espagnol.

Je ne peux pas admettre, Messieurs les Députés, que cette question soit définie comme une question religieuse. L’authentique problème religieux ne peut dépasser les limites de la conscience personnelle, car c’est au sein de la conscience personnelle que chacun s’interroge et apporte ses propres réponses à propos du mystère de notre destin. Ce problème est un problème politique, de constitution de l’État […].

L’Espagne était catholique au XVIe siècle, même si existaient de nombreux et très importants dissidents, parmi lesquels certains constituent des gloires de la littérature castillane ; et l’Espagne a cessé d’être catholique, même si existent aujourd’hui beaucoup de millions d’Espagnols catholiques, croyants, […]

Séance parlementaire du 13 octobre 1931 in Manuel Azaña, Obras Completas, México, Oasis, t.2, 1966, p. 49-58

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La Constitution de la République Espagnole(1931)

« L’Espagne, en vertu de sa souveraineté, représentée par Les Cortès Constituantes, décrète et sanctionne la présente Constitution.

TITRE PRÉLIMINAIRE – Dispositions générales

Article 1er. L’Espagne est une République démocratique de travailleurs de toute nature (de toda clase), organisée sous le régime de la Liberté et de la Justice. Les pouvoirs de tous ses organes émanent du peuple. La République constitue un État intégral, compatible avec l’autonomie des Municipalités et des Régions. Le drapeau de la République Espagnole est rouge, jaune et violet.

Article 2. Tous les Espagnols sont égaux devant la loi.

Article 3. L’État espagnol n’a pas de religion officielle.

Article 4. Le Castillan est la langue officielle de la République. Tout Espagnol a l’obligation de la savoir, et le droit d’en faire usage, sans préjudice des droits que les lois de l’État reconnaîtront aux langues des provinces ou régions. [¼]

Article 5. La capitale de la République est fixée à Madrid.

Article 6. L’Espagne renonce à la guerre en tant qu’instrument de politique nationale.

Article 7. L’État espagnol respectera les règles universelles du Droit international, en les incorporant à son droit positif.

TITRE PREMIER – Organisation nationale

Article 8. Dans les limites irréductibles de son territoire actuel, l’État Espagnol sera formé de Communes réunies par provinces et de régions constituées en régime d’autonomie. Les territoires du nord de l’Afrique soumis à la souveraineté espagnole, s’organiseront en régime autonome, en rapport direct avec le pouvoir central.

[…]

Article 11. Si une ou plusieurs provinces limitrophes ayant en commun des caractéristiques historiques, intellectuelles et économiques, décidaient de s’organiser en région autonome pour former un groupement politico-administratif dans l’État espagnol, elles devraient présenter leur Statut conformément aux dispositions de l’article 12. Dans ce Statut, elles pourront demander pour elles en totalité ou en partie, les attributions fixées par les articles 15, 16 et 18 de la présente Constitution, sans préjudice, dans le second cas, de la possibilité de solliciter ultérieurement, et par le même procédé établi par ce Code fondamental, tout ou partie des attributions restantes. […]

Article 12. Les conditions suivantes sont requises pour l’approbation du Statut de la région autonome :

a) Que la majorité de Conseils municipaux la propose, ou tout au moins, ceux dont les communes représentent les deux tiers du recensement électoral de la région.

b) Que l’acceptent, suivant la procédure que fixera la loi électorale, les deux tiers au moins des électeurs inscrits sur les listes électorales de région. Si le plébiscite était négatif, la proposition d’autonomie ne pourrait être renouvelée qu’après un délai de cinq années.

c) Que les Cortès l’approuvent.

Les Statuts seront approuvés par la Chambre des Députés pourvu qu’ils s’adaptent au présent Titre et qu’ils ne contiennent en aucun cas, des préceptes contraires à la Constitution, ni aux lois organiques de l’État en ce qui concerne les matières non transmissibles au pouvoir régional […]

Article 15. A l’État espagnol revient la législation, et aux régions autonomes pourra correspondre l’exécution, dans la mesure de leur capacité politique conformément à l’avis des Cortès, sur les matières suivantes :

1° Législation pénale, sociale, commerciale et celle concernant la procédure et, en matière de législation civile ; la forme du mariage, la réglementation des enregistrements et hypothèques, les bases des engagements contractuels se : rapportant aux statuts personnel, réel et formel, en vue de coordonner leur application et de résoudre tous conflits entre les diverses législations civiles de l’Espagne.

Le Gouvernement de la République veillera au contrôle de l’application des lois sociales, pour en garantir la stricte exécution, ainsi que celle des Traités Internationaux relatifs à la matière.

2° Législation sur la propriété intellectuelle et la propriété industrielle.

3° Efficacité des communiqués officiels et des documents publics.

4° Poids et mesures.

5° Régime minier et bases minima réglementant les bois et forêts, l’agriculture et l’élevage en ce qui concerne la défense de la richesse et la coordination de l’économie nationale.

6° Chemins de fer, routes, canaux, téléphones et ports d’intérêt général, l’État demeurant libre d’assurer la réversion et la police des premiers, et l’exécution directe qu’il aura pu se réserver.

7° Bases minima de la législation sanitaire intérieure.

8° Régime des assurances générales et sociales.

9° Législation des eaux, de la chasse et de la pêche fluviale.

10° Régime de la Presse, associations, réunions et spectacles publics.

11° Droit d’expropriation sauf, dans tous les cas, la faculté de l’État d’exécuter lui-même ses propres travaux.

12° Socialisation de richesses naturelles et d’entreprises économiques, les lois délimitant dans ce cas, la propriété et les facultés de l’État et celles des régions.

13° Services d’aviation civile et de radiodiffusion.

[…]

Article 17. Dans les régions autonomes, aucune matière ne pourra être réglementée avec une différence de traitement entre les autochtones et les autres espagnols

[…]

TITRE III – Droits et devoirs des Espagnols

Chapitre 1 – Garanties individuelles et politiques

Article 25. L’origine, la filiation, le sexe, la classe sociale, la richesse, les idées politiques ou les croyances religieuses ne pourront fonder aucun privilège juridique. L’État ne reconnaît ni distinctions, ni titres de noblesse.

Article 26. Toutes les confessions religieuses seront considérées comme des Associations soumises à une loi spéciale. Ni l’État, ni les régions, provinces et municipalités ne maintiendront, ne favoriseront, ne soutiendront économiquement les Églises, associations et institutions religieuses. Une loi spéciale réglementera l’extinction totale du budget du Clergé, dans un délai maximum de deux ans. Sont dissous les Ordres Religieux dont les Statuts imposent, outre les trois vœux canoniques, un autre vœu spécial d’obéissance à une autorité autre que l’autorité légitime de l’État. Leurs biens seront nationalisés et affectés à des œuvres de bienfaisance et d’enseignement. Les autres ordres religieux seront soumis à une loi spéciale votée par l’Assemblée Constituante actuelle conformément aux bases suivantes :

1°) Dissolution des Ordres qui, par leurs agissements, constituent un danger pour la sûreté de l’État.

2°) Enregistrement de ceux qui doivent subsister sur un Registre spécial dépendant du Ministère de la Justice.

3°) Impossibilité d’acquérir et de conserver, par eux-mêmes ou par personne interposée, plus de biens que ceux qui, préalablement justifiés, sont destinés à leur logement ou l’accomplissement direct de leurs fonctions exclusives.

4°) Interdiction de se consacrer au commerce, à l’industrie ou à l’enseignement.

5°) Soumission à toutes les lois fiscales du pays.

6°) Obligation de rendre compte annuellement à l’État de l’inversion de leurs biens en rapport avec les fins de l’Association. Les biens des Ordres religieux pourront être nationalisés.

Article 27. La liberté de conscience ainsi que le droit de professer et pratiquer librement n’importe quelle religion sont garantis sur le territoire espagnol, sauf le respect dû aux exigences de la morale publique. Les cimetières seront soumis exclusivement à la juridiction civile. Il ne pourra y avoir dans ces derniers d’enceintes séparées pour motifs religieux. Toutes les confessions pourront exercer leurs cultes de façon privée. Les manifestations publiques du culte devront être, dans tous les cas, autorisées par le Gouvernement. Nul ne pourra être contraint à déclarer officiellement ses croyances religieuses. […]

Article 28. Ne pourront être punis que les faits déclarés punissables par une loi antérieure à leur perpétration. Nul ne sera jugé par un autre que le juge compétent, et conformément à la procédure légale.

Article 29. Nul ne pourra être arrêté ni emprisonné, que pour cause de délit. Tout détenu sera mis en liberté ou remis à l’autorité judiciaire, dans les vingt quatre heures qui suivront l’arrestation. […]

Article 31. Tout Espagnol, pourra circuler librement sur le territoire national et y élire se résidence ou son domicile, sans qu’on puisse l’obliger à en changer, si ce n’est en vertu d’une sentence exécutoire. […] Le domicile de tout espagnol ou de tout étranger résidant en Espagne est inviolable. Nul ne pourra y pénétrer qu’en vertu d’un mandat du juge compétent. […].

Article 32. L’inviolabilité de la correspondance, sous toutes ses formes, est garantie, à moins d’une ordonnance judiciaire prescrivant le contraire.

Article 33. Toute personne est libre de choisir sa profession. La liberté est reconnue à l’industrie et au commerce, sauf restrictions imposées par les lois, pour des motifs d’ordre économique et social d’intérêt général.

Article 34. Toute personne a le droit d’émettre librement ses idées et ses opinions, à l’aide de tout moyen de diffusion sans avoir à se soumettre à la censure préalable. En aucun cas, une édition de livres ou de journaux ne pourra être saisie si ce n’est en vertu d’un mandat du juge compétent. Aucun journal ne pourra être suspendu autrement que par une sentence ferme.

Article 35. Tout Espagnol pourra adresser, individuellement ou collectivement, des pétitions aux Pouvoirs Publics et aux autorités. Ce droit ne pourra être exercé par aucune force armée.

Article 36. Les citoyens de l’un ou l’autre sexe, âgés de plus de 23 ans jouiront des mêmes droits électoraux, conformément aux dispositions législatives.

[…]

Article 38. Est reconnu, le droit de réunion pacifique et sans armes. Une loi spéciale réglementera le droit de réunion à l’air libre et celui de manifestation.

Article 39. Les Espagnols pourront s’associer ou se syndiquer librement aux diverses fins de la vie humaine, selon les lois de l’État. Les Syndicats et les Associations sont tenus de se faire inscrire, conformément à la loi, au registre public correspondant.

[…]

Chapitre II – Famille, économie et culture

Article 43. La famille est sous la sauvegarde spéciale de l’État. Le mariage est fondé sur l’égalité des droits pour les deux sexes, et pourra être dissous pour dissentiment réciproque ou à la demande de l’un des conjoints, sur allégation, dans ce cas, d’une juste cause. […]

Article 44. Toute la richesse du pays, quel qu’en soit le propriétaire, est subordonnée aux intérêts de l’économie nationale et affectée au soutien des charges publiques, conformément à la Constitution et aux lois. La propriété de toute espèce de biens pourra être l’objet d’expropriation forcée pour cause d’utilité sociale, moyennant une indemnité convenable, à moins qu’une loi approuvée à la majorité absolue des Cortès, n’en dispose autrement. […]

Article 46. Le travail sous ses diverses formes constitue une obligation sociale, et il jouira de la protection des lois. La République assurera à tout travailleur les conditions nécessaires à une existence digne. Sa législation sociale réglementera : les cas d’assurances contre la maladie, les accidents, le chômage, la vieillesse, l’invalidité et la mort ; le travail des femmes et des enfants, et spécialement la protection de la maternité ; la journée de travail et le salaire minimum et familial ; les vacances annuelles rémunérées ; la situation de l’ouvrier espagnol à l’étranger ; les institutions coopératives ; les rapports économico-juridiques des facteurs qui contribuent à la production ; la participation des ouvriers dans la direction, l’administration et les bénéfices des entreprises, et tout ce qui concerne la défense des travailleurs.

Article 47. La République protégera l’habitant des campagnes, et dans ce but, elle légiférera entre autres matières, sur la patrimoine insaisissable et exempt de tous impôts, sur le crédit agricole, l’indemnité pour perte de récoltes, les coopératives de production et de consommation, les caisses de prévoyance, les écoles pratiques d’agriculture et les fermes modèles d’agriculture et d’élevage, les travaux d’irrigation et les voies de communication rurales. La République protégera de façon analogue les pêcheurs.

Article 48. Le service de l’enseignement constitue une attribution essentielle de l’État, et il sera assuré par des établissements rattachés entre eux par le système de l’école unifiée. L’enseignement primaire sera gratuit et obligatoire. Les maîtres et les professeurs de l’enseignement officiel sont des fonctionnaires publics. La liberté de la chaire est reconnue et garantie. La république fera des lois destinées à faciliter aux Espagnols nécessiteux l’accès à tous les degrés de l’enseignement afin qu’il ne dépende que de l’aptitude et de la vocation. L’enseignement sera laïque, il fera du travail l’axe de son activité méthodique et logique, et s’inspirera des idéaux de la solidarité humaine. Il est reconnu aux Églises, et sous le contrôle de l’État, le droit d’enseigner leurs doctrines dans leurs propres établissements.

[…]

TITRE IV – Les Cortès

Article 51. La puissance législative réside dans le peuple, qui l’exerce par le Cortès ou Chambre des Députés.

Article 52. La Chambre des Députés se compose des représentants élus au suffrage universel, égal, direct et secret.

[…]

Article 60. Le Gouvernement et la Chambre des Députés ont l’initiative des lois.

Article 61. La Chambre pourra autoriser le Gouvernement à légiférer par décret approuvé en Conseil des Ministres, sur des matières réservées à la compétence du pouvoir législatif. Ces autorisations ne pourront pas revêtir un caractère général, et les décrets qui en résulteront édictés en vertu de celles-ci, se conformeront strictement aux bases établies par la Chambre pour chaque matière concrète.

[…]

Article 63. Le Président du Conseil et les Ministres auront voix délibérative à la Chambre, même s’ils ne sont pas Députés. Ils ne pourront pas se dispenser d’assister à la Chambre quand ils y seront requis par celle-ci.

Article 64. La Chambre pourra infliger un vote de blâme au Gouvernement ou à l’un quelconque de ses Ministres. Tout vote de blâme devra être proposé, avec motif à l’appui, et par écrit, revêtu de la signature de cinquante Députés dans l’exercice de leurs fonctions. […]

Article 65. Toutes les Conventions internationales ratifiées par l’Espagne et enregistrées à la Société des Nations, qui auront le caractère de loi internationale seront considérées comme partie constitutive de la législation espagnole, qui devra se conformer à leurs dispositions. […]

TITRE V – Présidence de la République

Article 67. Le Président de la République est le Chef de l’État, et il personnifie la Nation. La loi déterminera sa dotation et ses honneurs, qui ne pourront être modifiés durant sa magistrature.

Article 68. Le Président de la République sera élu par les Cortès réunies conjointement à un nombre de délégués égal à celui des Députés. Ces délégués seront élus au suffrage universel, égal, direct et secret, conformément aux dispositions qui seront établies par la loi. Les pouvoirs des délégués seront soumis à l’examen et à l’approbation du Tribunal des Garanties Constitutionnelles.

[…]

Article 71. Le mandat du Président de la République durera six ans. Le Président de la République ne pourra être réélu que passé six ans après l’expiration de son précédent mandat.

[…]

Article 75. Le Président de la République nommera et révoquera librement le Président du Gouvernement, et, sur la proposition de ce dernier, les Ministres. Il devra nécessairement s’en séparer au cas où les Cortès leur refuseraient explicitement leur confiance.

[…]

Article 81. […] Le Président pourra dissoudre les Cortès jusqu’à deux fois comme maximum durant son mandat, quand il le jugera nécessaire, et en observant les conditions suivantes :

a) Par décret motivé.

b) En joignant au décret de dissolution l’ordre de convocation de nouvelles élections dans un délai maximum de soixante jours. Dans le cas d’une seconde dissolution, le premier acte des nouvelles Cortès sera d’examiner le décret de dissolution du précédent et de se prononcer sur sa nécessité. Le vote défavorable de la majorité absolue des Cortès entraînera la destitution du Président.

[…]

TITRE VI – Gouvernement

Article 86. Le Président du Conseil et les Ministres constituent le Gouvernement.

Article 87. Le Président du Conseil des Ministres dirige et représente la politique générale du Gouvernement. […] Aux Ministres correspond la haute direction et la gestion des services publiques assignés aux différents départements ministériels.

[…]

Article 91. Les membres du Conseil sont responsables devant le Congrès : de façon solidaire, de la politique du Gouvernement, et individuellement, de leur gestion ministérielle personnelle.

[…]

TITRE VII – Justice

Article 94. La Justice est administrée au nom de l’État. La République assurera aux plaidants nécessiteux la gratuité de la justice. Les juges sont indépendants dans leurs fonctions. Ils ne sont seulement soumis qu’à la loi.

[…]

Article 98. Les juges et magistrats ne pourront être mis à la retraite, séparés ou suspendus de leurs fonctions, ni déplacés de leurs postes qu’en conformité des lois, lesquelles établiront les garanties nécessaires pour que l’indépendance des Tribunaux soit effective.

[…]

Article 103. Le peuple participera à l’Administration de Justice grâce à l’institution du Jury dont l’organisation et le fonctionnement seront l’objet d’une loi spéciale.

[…]

TITRE VIII – Finances publiques

Article 107. L’élaboration du projet de Budget appartient au Gouvernement, et son approbation, au Cortès. Le Gouvernement présentera à ces dernières, dans la première quinzaine d’octobre de chaque année, le projet de Budget général de l’État pour l’exercice économique suivant. La durée d’exercice du Budget sera d’un an. S’il ne pouvait être voté avant le premier jour de l’année économique suivante, il serait prorogé par périodes trimestrielles, sans que ces prorogations puissent dépasser quatre.

[…]

TITRE IX – Garanties et révision de la Constitution

Article 121. Il est établi, avec juridiction sur tout le territoire de la République, un Tribunal des Garanties Constitutionnelles avec attributions pour connaître :

a) Du recours pour inconstitutionnalité des lois.

b) Du recours de protection des garanties individuelles, lorsque la réclamation devant d’autres autorités aura été inefficace.

c) Des conflits de compétence législative et tous autres conflits surgissant entre l’État et les régions autonomes, et ceux des régions autonomes entre elles.

d) De l’examen et approbation des pouvoirs des délégués qui, conjointement avec les Cortès, élisent le Président de la République.

e) De la responsabilité criminelle du Chef de l’État, du Président du Conseil et des Ministres.

f) De la responsabilité criminelle du Président et des magistrats du Tribunal Suprême et du Procureur général de la République.

[…]

Article 125. La Constitution pourra être révisée :

a) Sur la proposition du Gouvernement.

b) Sur la proposition du quart des membres du Parlement. Dans l’un quelconque de ces cas, la proposition indiquera concrètement l’article ou les articles à supprimer, réviser ou compléter ; elle sera soumise aux mêmes formalités qu’une loi et elle requerra pour être adoptée le vote favorable à la réforme, vote qui, au cours des quatre premières années de vie constitutionnelle, devra être émis par les deux tiers des Députés en exercice et ultérieurement par la majorité absolue. […]

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Grands propriétaires et réforme agraire

Il y a seulement deux jours, j’étais dans la campagne sur le territoire de Badajoz ; la classe patronale ne pourra pas objecter qu’il s’agit là de terres pauvres : ce sont les terres les plus riches et les plus productives de toute la province de Badajoz. La capitale provinciale a un territoire municipal de 134 000 hectares. Selon les statistiques fournies par mes compagnons dimanche dernier, il y a 5 000 moissonneurs qui ne sont pas rendus aux champs parce que les organisations ouvrières s’y opposent, en attendant la solution rapide que sans aucun doute le gouvernement devra imposer. Car Messieurs les propriétaires de la zone de Badajoz –j’ai ici certaines données que je pourrais lire– ont laissé se perdre la récolte de fèves, ont laissé presque complètement se perdre la récolte d’avoine et lâché les porcs dans les champs. En un mot, on a accepté la destruction d’une véritable richesse nationale ; on a accepté de gâcher des centaines de milliers de pesetas pour ne pas donner aux travailleurs les salaires journaliers dont  ils ont besoin pour vivre, parce qu’ils n’ont pas d’autres moyens. Et ceci se produit dans tous les secteurs de l’économie. À Jerez de los Caballeros, encore dans la région de Badajoz, le liège n’a pas été enlevé, bien que soit passé le délai prévu par la loi. Il y a plus d’un an qu’auraient dus être recueillis plus de 200 000 quintaux de liège, ce qui aurait donné du travail à plus de 600 ouvriers de la zone pendant une longue période.

Intervention de Ricardo Zabalza  (Secrétaire général de la F.N.T.T. et député socialiste par Badajoz)  à la session des Cortès du 1er juillet 1936

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