6- Guerre civile

Instruction secrète du général Mola

Les circonstances  gravissimes que traverse la Nation, du fait d’un pacte électoral qui a eu pour conséquence immédiate que le Gouvernement est prisonnier des Organisations révolutionnaires, entraînant fatalement l’Espagne vers une situation chaotique, qu’on ne peut éviter à moins d’une action violente. Pour cela, les amoureux de la Patrie doivent forcément organiser la révolte, pour conquérir le Pouvoir et imposer l’ordre, la paix et la justice.

Cette organisation est éminemment offensive ; elle doit se mettre en place dès que possible, sur les principes suivants :

Principe nº 1 : la conquête du Pouvoir doit profiter de la première circonstance favorable, et doit résulter de l’action des Forces armées, renforcée par les apports en hommes, matériel et autres éléments des groupes politiques, sociétés  et individus isolés n’appartenant pas à des partis, sectes et syndicats inspirés par l’étranger, « socialistes, maçons, anarchistes, communistes, etc. »

Principe nº 5 : On tiendra compte du fait que l’action doit être extrêmement violente pour éliminer le plus vite possible l’ennemi, qui est fort et bien organisé. On emprisonnera bien sûr tous les dirigeants des partis politiques, sociétés et syndicats ne supportant pas le mouvement, en appliquant à ces individus des châtiments exemplaires pour étouffer les mouvements de révolte et de grève.

Principe nº 6 : Une fois conquis le pouvoir, on instaurera une Dictature militaire qui aura pour mission immédiate de restaurer l’ordre public, d’imposer l’empire de la Loi et de renforcer convenablement l’Armée pour consolider la situation de fait, qui devra devenir une situation de droit.

Le Chef, Général Mola

« Instruction secrète nº1 » du 25 mai 1936.

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Miguel de Unamuno, le discours de Salamanque (12 octobre 1936)

“Vous êtes tous suspendus à ce que je vais dire. Tous vous me connaissez, vous savez que je suis incapable de garder le silence. En soixante treize ans de vie, je n’ai pas appris à le faire. Et je ne veux pas l’apprendre aujourd’hui. Se taire équivaut parfois à mentir, car le silence peut s’interpréter comme un acquiescement. Je ne saurais survivre à un divorce entre ma parole et ma conscience qui ont toujours fait un excellent ménage. Je serai bref. La vérité est davantage vraie quand elle se manifeste sans ornements et sans périphrases inutiles. Je souhaite faire un commentaire au discours, pour lui donner un nom, du général Millan Astray, présent parmi nous. Laissons de côté l’injure personnelle d’une explosion d’invectives contre basques et catalans. Je suis né à Bilbao au milieu des bombardements de la seconde guerre carliste. Plus tard, j’ai épousé cette ville de Salamanque, tant aimée de moi, sans jamais oublier ma ville natale. L’évêque, qu’il le veuille ou non, est catalan, né à Barcelone. On a parlé de guerre internationale en défense de la civilisation chrétienne, il m’est arrivé jadis de m’exprimer de la sorte. Mais non, notre guerre n’est qu’une guerre incivile. Vaincre n’est pas convaincre, et il s’agit d’abord de convaincre ; or, la haine qui ne fait pas toute sa place à la compassion est incapable de convaincre…On a parlé également des basques et des catalans en les traitant d’anti-Espagne ; eh bien, ils peuvent avec autant de raison dire la même chose de nous. Et voici monseigneur l’évêque, un catalan, pour vous apprendre la doctrine chrétienne que vous refusez de connaître, et moi, un Basque, j’ai passé ma vie à vous enseigner l’espagnol que vous ignorez. (Premières interruptions, « Viva la muerte ! » etc) Je viens d’entendre le cri nécrophile « Vive la mort » qui sonne à mes oreilles comme «A mort la vie ! » Et moi qui ai passé ma vie à forger des paradoxes qui mécontentaient tous ceux qui ne les comprenaient pas, je dois vous dire avec toute l’autorité dont je jouis en la matière que je trouve répugnant ce paradoxe ridicule. Et puisqu’il s’adressait au dernier orateur avec la volonté de lui rendre hommage, je veux croire que ce paradoxe lui était destiné, certes de façon tortueuse et indirecte, témoignant ainsi qu’il est lui-même un symbole de la Mort. Une chose encore. Le général Millan Astray est un invalide. Inutile de baisser la voix pour le dire. Un invalide de guerre. Cervantès l’était aussi. Mais les extrêmes ne sauraient constituer la norme. Il y a aujourd’hui de plus en plus d’infirmes, hélas, et il y en aura de plus en plus si Dieu ne nous vient en aide. Je souffre à l’idée que le général Millan Astray puisse dicter les normes d’une psychologie des masses. Un invalide sans la grandeur spirituelle de Cervantès qui était un homme, non un surhomme, viril et complet malgré ses mutilations, un invalide dis-je, sans sa supériorité d’esprit, éprouve du soulagement en voyant augmenter autour de lui le nombre des mutilés. Le général Millan Astray ne fait pas partie des esprits éclairés, malgré son impopularité, ou peut-être, à cause justement de son impopularité. Le général Millan Astray voudrait créer une nouvelle Espagne – une création négative sans doute- qui serait à son image. C’est pourquoi il la veut mutilée, ainsi qu’il le donne inconsciemment à entendre. (Nouvelles interruptions » A bas l’intelligence ! «etc.) Cette université est le temple de l’intelligence et je suis son grand prêtre. Vous profanez son enceinte sacrée. Malgré ce qu’affirme le proverbe, j’ai toujours été prophète dans mon pays. Vous vaincrez mais vous ne convaincrez pas. Vous vaincrez parce que vous possédez une surabondance de force brutale, vous ne convaincrez pas parce que convaincre signifie persuader. Et pour persuader il vous faudrait avoir ce qui vous manque : la raison et le droit dans votre combat. Il me semble inutile de vous exhorter à penser à l’Espagne. J’ai dit. »

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La Barcelone révolutionnaire vue par George Orwell

« C’était bien la première fois dans ma vie que je me trouvais dans une ville où la classe ouvrière avait pris le dessus. A peu près tous les immeubles de quelque importance avaient été saisis par les ouvriers et sur tous flottaient des drapeaux rouges ou les drapeaux rouge et noir des anarchistes; pas un mur qui ne portât, griffonnés, le marteau et la faucille et les sigles des partis révolutionnaires; il ne restait de presque toutes les églises que les murs, et les images saintes avaient été brûlées. Çà et là, on voyait des équipes d’ouvriers en train de démolir systématiquement les églises.

Tout magasin, tout café portait une inscription vous informant de sa collectivisation; jusques aux caisses des cireurs de bottes qui avaient été collectivisées et peintes en rouge et noir! Les garçons de café, les vendeurs vous regardaient bien en face et se comportaient avec vous en égaux. Les tournures de phrases serviles ou même simplement cérémonieuses avaient pour le moment disparu. Personne ne disait plus Señor ou Don, ni même Usted: tout le monde se tutoyait, on s’appelait « camarade » et l’on disait Salud au lieu de Buenos días. Il n’y avait pas d’automobiles privées: elles avaient été réquisitionnées; et tous les trams, taxis, et bon nombre d’autres véhicules étaient peints en rouge et noir »

George Orwell. “Hommage à la Catalogne” Éditions Ivréa, Paris, 2008. p. 13

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