7- Franquisme

Un discours de Franco

« Notre Etat missionnaire et totalitaire.

Le Mouvement National oppose au système des appétits et des clientèles politiques le désintérêt et l’austérité de ses membres ; à l’irresponsabilité politique des partis libéraux, succède l’unité de notre Croisade, constituée comme un tout organique ; un Etat neutre et sans idéaux sera remplacé par un Etat missionnaire et totalitaire, qui oriente le peuple, lui montre le chemin et le guide sans hésitations ni retours en arrière, et [ne le conduit] pas comme une masse informe, comme ces manifestations libérales (…) où à force de multiplier les directions, [le peuple] trébuche et finit par s’arrêter. Notre marche, elle, est organisée, légère et ordonnée, une marche en formation disciplinée, rythmée et cadencée. Même si aux premiers temps elle fut un torrent impétueux qui ouvrait son chemin [avec force], elle a trouvé aujourd’hui son lit et elle y court, généreuse, fécondant l’Espagne !

Et dans cette marche hiérarchisée, mais au pouvoir irrésistible, il n’est pas de place pour une quelconque halte, une hésitation ou un changement de direction.

Et si certains, servant en secret les ennemis de l’unité et de la grandeur de l’Espagne, ou contaminés par le virus libéral, murmurent que ceci n’est pas national mais païen, nous leur montrerons les hauts faits de l’Etat espagnol de nos siècles d’or, avec son caractère missionnaire et sa chaîne d’idéaux, qui furent la base de son empire, lequel chute et s’écroule quand ces sublimes aspirations se perdent, et quand, à la tête pensante du Chef [Caudillo ], succèdent les assemblées délibérantes d’hommes dépourvus de sens des responsabilités, où les modes étrangères se rendent maîtresses de l’Espagne et causent notre décadence.

Notre régime n’est pas un caprice : c’est une nécessité historique

De ce fait, nous excluons ceux qui persévèrent dans les vices du vieux système : l’Espagne « unie et en ordre », celle qui a reçu pour emblème le joug et les flèches, celle qui a un Caudillo responsable et un caractère missionnaire, est la grande Espagne de nos traditions aux caractéristiques nettement espagnoles, adoptées aujourd’hui par les peuples soucieux de leur futur impérial.

Les problèmes qui se présentent dans la vie moderne des pays sont tels qu’ils ne peuvent être résolus par une nation divisée et fractionnée. L’unité est nécessaire. Et elle s’impose à tous les peuples qui veulent régler leurs problèmes existentiels. Combien l’Espagne en a besoin, elle qui connaît la plus rude épreuve de son histoire !

Notre système n’est donc pas un caprice, ni une forme d’organisation artificielle. Il est une nécessité historique, indispensable à l’existence même de la Patrie.

Il faut souder le peuple divisé par les partis ; il faut réunir ce qu’un demi-siècle de divisions a séparé ; il faut gommer les préjugés de la lutte des classes ; il faut faire justice ; il faut éduquer le peuple et éloigner notre jeunesse des érudits libéraux ; il faut porter haut les principes du Mouvement, ô combien contraires à ceux qui ont baigné l’adolescence [de notre jeunesse], et pour cela, pour sauver l’Espagne, il faut une main dure pour empêcher que la jeunesse fasse fausse route (…).

Il est aussi nécessaire que tous les Espagnols soient convaincus de notre révolution nationale, que nous réalisons en respectant les impératifs de la continuité et de l’ordre, [révolution] qui assure les progrès sociaux, grâce à la multiplication de la richesse, du rendement au travail et à la revalorisation et à l’amélioration de la production. Du vieil Etat, il faudra seulement sauver les valeurs, les sources d’énergies et les vertus de la race.

Croisade militaire et monastique. Discipline et patriotisme.

Notre mouvement ne signifie pas le retour des privilèges injustes qui sont tombés et qui ont depuis longtemps pourri et ont été enterrés. Il signifie la valorisation et la sélection d’un peuple sur le chemin de sa propre valeur et des ses propres vertus.

L’austérité, la morale et le travail seront les qualités de nos chefs. Nous ne devons pas les choisir pour leur naissance ou leurs positions [sociales], mais à la manière des Ordres monastiques, où la haute extraction et les prérogatives disparaissent sous l’habit commun des serviteurs de la foi. C’est la fraternité humaine, dont la longue tradition vient des préceptes de nos Saints Evangiles.

Si par conséquent nous devons mesurer nos chefs et nos hommes à leur valeur morale, ne vous étonnez pas que sur le chemin, nous devions écarter ceux qui n’ont pas le cœur pur (…).

L’esprit critique et les réserves sont choses libérales, qui n’ont pas leur place dans notre Mouvement, dont je vous le répète, la nature est d’ordre militaire et monastique ; à la discipline et au patriotisme du soldat doivent s’unir la foi et la ferveur du religieux.

Le Mouvement a une éthique et celui qui ne sent pas sa morale [tout au fond de lui] ne peut en être militant. Une chemise bleue ne sert à rien si elle n’abrite pas un cœur loyal et amant de la Patrie ; un béret rouge ne sert à rien si la tête qu’il recouvre renferme des doutes et ordures.

L’austérité et les vertus qui brillent chez la jeunesse militaire qui lutte sur les fronts de bataille sont les fleurs de notre Mouvement.

Voici le chemin de l’Espagne, où le soc de notre Cause trace d’amples sillons, droits et profonds, où est semé le grain fécond et choisi de notre Mouvement.

Doctrines et idéaux ne sont ni arbitraires ni fruits du caprice, car ils recueillent les aspirations patriotiques d’une jeunesse héroïque, les leçons de l’Histoire et le mandat de nos morts.

En leur nom et au nom sacré de l’Espagne, je dépose aujourd’hui ce grain dans le sillon profond que les victoires de notre glorieuse armée ont tracé.

Espagnols : Vive l’Espagne ! Vive l’Espagne ! »

« Discours du Chef de l’Etat National à l’occasion de l’anniversaire du soulèvement » publié dans Heraldo de Aragón, le 19 juillet 1938.

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Portrait d’un dictateur par un romancier

C’était un petit homme, à la voix de fausset, qui raffolait des honneurs ; il avait épousé une femme plus grande et de rang supérieur au sien, qui raffolait des bijoux ; et il avait eu d’elle une fille, plutôt mignonne, qui avec le temps raffolerait des titres ; de la sorte, à eux trois, ils occupaient tout le marché de la gloire. Il avait fait sur le théâtre africain une brillante carrière, au cours de laquelle il avait prouvé aussi bien une certaine bravoure qu’une capacité innée pour la cruauté. Il savait prendre des risques, mais il n’était pas téméraire. Il ne se joignit pas aux conjurés tant que l’hiver républicain les obligea à mener l’existence larvée de la conspiration et lorsqu’enfin ils prirent leur vol, en plein été, il conditionna son appui au pronunciamiento (no sans que, dans l’intervalle, ne se produisent d’interminables hésitations et d’insolites événements qui firent pencher sa volonté du côté de la rébellion) au versement de fonds dans une banque étrangère au nom de sa femme, afin de garantir son avenir au cas où sa trahison déboucherait sur l’échec. C´était un homme méfiant, sans être une lumière, et jamais personne ne parvint à placer sa confiance en lui. Il réunissait en sa personne toutes les caractéristiques du traître à tel point qu’il savait uniquement apprécier la fidélité à son égard, même si celle-ci allait de pair avec l’intelligence la plus bornée. Ni les croyances, ni la fidélité envers la défunte Monarchie, ni la défense d’idéaux souillés par la République, ni l’amitié (inexistante) pour quelques conjurés, ni « l’esprit de corps » qui aurait pu  l’unir à plus d’un factieux ne le poussèrent à se joindre à la rébellion. Il le fit par intérêt.

Juan Benet, cité par Jacques Maurice et Carlos Serrano. L’Espagne au XXe siècle. Hachette. Paris. 1995. p.73.

Era un hombre menudo, atiplado, que se pirraba por los honores; se había casado con una mujer más alta y de mejor rango que el suyo, que se pirraba por las joyas; y de ella había tenido una hija, bastante agraciada, que con el tiempo se pirraría por los títulos; o sea, que entre los tres cubrían todo el mercado de la gloria. Había hecho en el teatro de África una carrera brillante, a lo largo de la cual había demostrado tanto un cierto arrojo como una innata capacidad para la crueldad. Sabía arriesgarse, pero no era temerario. No se sumó a los conjurados mientras el invierno republicano les obligó a llevar la existencia larvada de la conspiración, y cuando por fin tomaron vuelo, en pleno verano, condicionó la prestación de sus servicios al pronunciamiento (no sin que mediaran interminables vacilaciones e insólitos acontecimientos que ayudaron a mover su voluntad hacia el lado de la rebelión) a un depósito en un banco extranjero a nombre de su mujer, para garantizar su futuro en el caso de que su traición terminara en el fracaso. Era un hombre receloso, nada sobrado de luces, sobre quien nunca nadie logró depositar su confianza. De tal manera reunía en su persona todos los caracteres del traidor que sólo sabía apreciar la fidelidad hacia él, aun cuando estuviera unida a la más obtusa inteligencia. Ni las creencias, ni la fidelidad a la depuesta Monarquía, ni la defensa de ideales mancillados por la República, ni la amistad (que no tenía) con algunos conjurados, ni el esprit de corps que pudiera unirle a buen número de cabecillas, le movieron a sumarse a la rebelión. Lo hizo por lucro.

Juan Benet. Herrumbrosas lanzas. Libros I-VI. Ediciones Alfaguara. Madrid. 1983. p.22.

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