1- Moyen-Âge

L’agriculture d’al-Andalus

La prospérité des campagnes andalouses a été relevée par de nombreux auteurs, comme ici le géographe al-Râzî (889-955), qui écrit dans la seconde moitié du Xe siècle. L’irrigation a beaucoup contribué aux progrès de l’agriculture.

Le district de Séville abonde en productions de toutes sortes, et il s’y trouve un vaste territoire planté d’oliviers qui l’embellissent, […] il produit une huile excellente, que les bateaux exportent vers l’Orient ; la production est si abondante que, si on n’exportait pas de cette huile, les habitants ne pourraient la garder ni en tirer le moindre prix […]. Sur son territoire, il y a beaucoup de miel très bon et beaucoup de figues excellentes […]. On y trouve aussi beaucoup de coton, que l’on exporte dans tous les pays et de l’autre côté de la mer.

La Description de l’Espagne d’Al-Râzî, trad. Evariste Levi-Provençal, Al-Andalus, XVIII, 1953

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Les Mozarabes, des chrétiens en terre d’Islam

Au milieu de IXe siècle, à Cordoue, deux chrétiens mozarabes (de l’arabe musta’rib, arabisé), un clerc, Euloge, et un riche bourgeois, Alvar, se lamentent de la situation de leur communauté menacée.

Abd al-Rahmân, à l’époque duquel le peuple arabe acquit richesse et dignité, imposa sa loi cruelle à l’Espagne qu’il avait presque entièrement occupée, mais réussit à élever a son faîte Cordoue, autrefois nommée la Patricienne, appelé maintenant ville royale depuis la montée du calife sur le trône, la couvrit d’honneurs, en étendit la gloire, y accumula les richesses, y décupla l’afflux de tous les agréments du monde, […] tandis que d’autre part, sous son joug terrible, l’Église orthodoxe [chrétienne] subit en gémissant les outrages qui la mènent à sa perte.

Euloge, Memoriale sanctorum (Mémorial des Saints), II,1

Quel homme intelligent, je vous le demande, trouve-t-on aujourd’hui parmi nos fidèles laïcs, pour s’intéresser aux Écritures Saintes et consulter les ouvrages des docteurs en langue latine ? N’est pas vrai que les jeunes chrétiens […] ayant reçu une culture profane, sont maintenant férus de langue arabe, […] tandis qu’ils ignorent la beauté ecclésiastique  […] ?

Alvar, Indiculus luminosus (Le chemin de lumière), 35

Corpus Scriptorum Mozarabicorum, Madrid, 1973 [Trad. D. Millet-Gérard, Chrétiens mozarabes et culture islamique dans l’Espagne des VIIIe-Ixe siècles, Études Augustiniennes, Paris, 1984]

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L’Archevêque de Compostelle appelle aussi à la “Croisade” (1125)

Nous devons abandonner les œuvres des ténèbres et le joug insupportable du diable afin de nous consacrer à des œuvres de justice. Revêtons les armes de lumière, selon le conseil de l’apôtre, et à l’exemple des chevaliers du Christ […] qui ont ouvert les chemins de Jérusalem au prix de bien des efforts et de beaucoup de sang répandu, faisons-nous à notre tour chevaliers du Christ et par la défaite infligée à ses ennemis, […] ouvrons un chemin plus facile et beaucoup  moins ardu au travers des terres d’Espagne jusqu’au Sépulcre du Seigneur. Chacun de ceux qui veulent participer à cette expédition doit faire l’examen de tous ses péchés et aller avec hâte à la confession et à la pénitence véritable. Nous […] concédons à celui qui agirait ainsi […] l’absolution de tous les péchés qu’il aurait commis à l’instigation du diable depuis le baptême. […] Nous accordons la même absolution plénière, au nom du Seigneur, aux hommes et aux femmes qui […] enverraient à leur place un cavalier ou un piéton équipé, selon leurs moyens.

Histoira Compostellana, cité dans La Péninsule ibérique au Moyen Âge, PUR, 2003

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L’organisation des territoires reconquis par les souverains espagnols

Calatayud, située à environ 80 km à l’ouest de Saragosse, reçoit du roi (Alphonse VII de Castille-Léon) une charte en 1131.

Moi, Alphonse, roi par la grâce de Dieu, j’octroie cette charte de confirmation à tous ceux d’entre vous, habitants de Calatayud, qui peuplez ce lieu et à tous ceux qui viendront à le peupler[…].

3. Tous ceux qui viendront à peupler Calatayud seront libérés des dettes et des amendes judiciaires qui pèsent sur eux[…].

4. Si on trouve par hasard un homme mort dans le territoire de Calatayud, on ne considérera pas qu’il s’agisse d’un homicide[…].

7. Le voisin de Calatayud qui peut avoir des tenanciers sur sa terre, qu’il s’agisse de chrétiens, de musulmans ou de juifs, sera seul à répondre d’eux, sans aucun autre seigneur[…].

33. Si un musulman établi dans le district de Calatayud s’enfuit définitivement, le [conseil municipal] donnera sa terre à un chrétien, même chose s’ il s’agit d’un juif.

34. Les chrétiens, les musulmans et les juifs peuvent acheter et vendre librement les uns aux autres.

35. Le chrétien qui tue un juif ou un musulman, si cela est notoire, paiera 300 sous. S’il nie, il se disculpera en jurant avec un témoin qu’il n’est pas coupable.

36. Le chrétien qui s’oppose en justice à un juif doit produire comme témoin un chrétien et un musulman ; de même pour le juif qui s’oppose à un chrétien, de même pour le musulman.

Charte de repeuplement de Calatayud, octroyée par le roi Alphonse VII de Castille-Leon en 1131.

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L’héritage de l’Espagne reconquérante

Nationalement, l’Espagne reconquérante s’effrite plutôt qu’elle ne s’unifie. Le León du IXe au XIe siècle, la Castille jusqu’au milieu du XIIe, n’ont cessé de revendiquer l’héritage des souverains wisigoths ; leurs rois n’on cessé de s’intituler « Empereurs de toute l’Espagne ». Mais l’idée s’est heurtée aux réalités. Géographiquement, la lutte a été menée à ses origines à partir de territoires montagnards, physiquement isolés. Historiquement, la guerre contre les Maures a favorisé les tentatives d’indépendance : la Castille s’est détachée du León, le Cid a failli créer l’état de Valence, le Portugal s’est développé indépendamment ; à l’est, la Reconquête, au XIIe siècle, a pris la forme fédérative : Valence et Majorque, auprès de l’Aragon et du Comté catalan, ont été érigées en royaumes ; la division même de l’Espagne maure en « taifas » a favorisé ce morcellement. Asturies, León et Castille, Galice et Portugal, Navarre, Sobrarbe, Aragon, Ribagorza, Comtés catalans, se sont ainsi, pendant de longs siècles, agrégés ou désagrégés au rythme des unions matrimoniales et des successions de familles.

Chaque pays a fini par acquérir et garder la fierté de ses titres et de ses combats, la méfiance envers ses voisins. Seigneurs aventuriers, municipalités libres ont ajouté à  cet esprit particulariste. Au-dessus de tous, il est vraie, planent l’unité de foi, l’esprit de croisade, le sens de la communauté chrétienne contre le Maure, que des accidents locaux, des alliances de circonstance ne doivent pas nous voiler. Mais nous reconnaissons là une manifestation –et peut-être une des sources fondamentales– d’une nouvelle dualité du fait espagnole : d’un part la tendance au particularisme, aux attachements pour ainsi direinfranationaux ; d’autre part la tendance à l’universalisme, aux passionsidéales supranationales. Entre les deux, la conscience du groupe espagnol aurapeine à se définir : c’est un phénomène qui dure encore.

Or, au XIIIe siècle même, les principales coupures subsistent toujours, malgré  d’essentielles simplifications, survenues par l’union Aragon-Catalogne en 1137,  et par l’union León-Castille en1230. Même en négligeant la Navarre (qu’un accident dynastique lie un instant à la France), et Grenade, non encore conquise, il faut bien constater une grave division tripartite de l’Ibérie entre le Portugal, la Castille et, au Levant, la fédération Aragon-Catalogne-Valence. Fait d’autant plus menaçant pour la future unité que cette division correspond à trois tempéraments chez les hommes et à trois directions naturelles dans la géographie : l’Océan, les plateaux, la Méditerranée. La fin du Moyen Age espagnol, en s’inscrivant dans ce cadre tripartite péninsulaire, influeraconsidérablement sur l’avenir national.

Pierre Vilar « Histoire de l’Espagne » P.U.F. Col. Que sais-je ? Paris, 1971, p.20.

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Les trois ordres

Nous ne pourrions vivre ensemble en égalité de condition ; ainsi il faut par nécessité que les uns commandent et que les autres obéissent.

Les uns sont dédiés particulièrement au service de Dieu ; les autres à conserver l’État par les armes, les autres à le nourrir et à le maintenir par les exercices de la paix. Ce sont les trois ordres ou états généraux.

Charles Loyseau, « Traité des ordres et simples dignités » 1613

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